lundi 16 avril 2018

SEUL AVEC TOUS, suivi de : Ma propre vie

Affe mit Schädel, 1893, Hugo Rheinhold
Wikipedia, Image © Jfderry
 


L’esclave moderne est un individu esseulé. Sa solitude fait le bonheur des vendeurs de services, des commerçants, des médecins, des industriels innovants, des spectateurs qui ont tout gratuitement, et remarquez bien que je n’en traite aucun, parmi tous ceux-là, de véreux, de profiteur, de suspect. Rien n’est plus suspect que la solitude, aux yeux des curieux et des velléitaires de l’opinion qui se laissent acheter. Que fait-on de sa curiosité, que faire de ses opinions ? Bien des choses, bonnes et mauvaises, mais il y a une chose sujette à opinions, qui passe avant le reste, et que je veux trancher : ma solitude n’est pas à vendre. En dépit des apparences les plus sordides ou les plus pathétiques, je ne suis pas un vendu. Sous la peau des gens seuls, il y a une intériorité, que pour ma part j’extériorise par amour, désir et enthousiasme.

C’est difficile de vous parler sans parler avec l’âme, que certains d’entre vous révoquent en doute, soupçonneux, voire carrément hostiles. Vous lisez mon esprit si vous lisez ceci, que vous le vouliez ou non. Certains peuvent donc partir s’ils ne sont pas d’accord avec ça, et les autres vont rester. C’est mon corps qui vit seul, c’est mon corps inflammable, malléable, convenable, détesté ou aimable. Si ma voix est triste, j’ai le cœur gai et j’aimerais que chacun en fasse autant, par la force des choses, pas uniquement celle des mots, dont certains sont revenus, malades et ennuyeux. Croyez au moins aux corps que votre corps voudrait heureux sans pouvoir le dire, sans que l’esprit vous revienne. On a chassé l’âme hors de la raison, et mon corps se conforme à certaines étroitesses symboliques en vigueur, mais je peux encore penser à ce que je crois, j’en ai le droit inaliénable.

Si c’est l’esprit qui vous manque, écoutez votre corps, et permettez-moi de douter de vos vérités un instant, à ma façon… Si seul le corps existe, pourquoi ne sommes-nous pas entassés à s’aimer comme des fous ? Après tout, on sait se haïr en masse, non moins follement : il y a eu, et il y a encore des charniers, des tas de mourants, des corps accumulés par les guerres, violemment imposées et menées pour une idée de l’avenir, sans esprit ni raisons que j’accepte, peut-être même sans âmes qui vivent. Mais l’amour semble physiquement plus intègre que la haine : le rapport de l’amour à l’infini lui assure cette intégrité. Ce sont les corps sans avenir qui pourrissent le monde et font régner le mal, selon toutes conjectures, s’il est exact que ces corps-là ne croient en rien d’autres qu’en eux-mêmes. Je ne peux pas comprendre qu’on aime perdre son temps à devoir en finir avec soi et les autres. Ils se sont réunis, bien souvent pour semer la barbarie, car rien n’empêche le corps de se mouvoir et d’agir, il a été fait d’action ou de faire faire, esclave ou maître, respecté ou banni. Il faut se rendre à la raison qu’un instant dans la paix vaut pour tous les instants. 

S’il faut en finir avec quelque chose, c’est avec le sang. Pour tout le sang versé, ou qui a mal tourné, dans le stress et la bile, l’humeur mauvaise, le sang d’encre et les deuils, à cause de tout cela les maladies sont entrées dans le monde, elles se sont installées dans la mort en s’engouffrant dans les corps complexés, ravagés, mal instruits. Et la seule raison qui agisse chez un corps qui violente le corps, c’est la maladie contractée viralement ou à coups de semonces, de trique, de saleté et d’enfers infligés à la vie en brisant le moule d’un corps si merveilleux constitué par la vie. Les corps sont nés pour devenir glorieux, tandis que les âmes sont peut-être malades des idées qu’on s’en fait, et tandis que les esprits, disparus des consciences un peu folles, emportent avec eux toutes les doctrines morales qu’on avait inculquées, puisque elles ne veulent rien dire du moment que l’esprit n’est qu’un mot. 

C’’est pourquoi, entre nous, seuls les corps ont raison de nos maux. Le mal est trop abstrait pour le temps présent, ou trop mal conçu, à vif ou enterré. 

Je veux nommer les cinq sens qu’abritent les corps : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Nos sens sont les élèves de nos corps, et d’autres nous précèdent, et d’autres nous suivront. Il existe un sixième sens, peut-être l’intuition, elle aussi parfois bonne, parfois perturbée. 

Je jouis de mes six sens comme je peux, comme je veux que l’on jouisse de moi, avec moi et par moi. 

Regardez, je vais commencer, je vais donner un sens à ma vie, par l’ouïe et par la vue. Écoutez, le mal est fini, l’intuition a parlé, mais elle voudrait s’attarder un peu, et en excellente compagnie, avec ses sens amis. 

Je les ai réunis tant bien que mal dans le poème que voici :


RELU ET ADJUGÉ 

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