mercredi 15 août 2018

Un discours vrai

Je vous transmets un symbole ou Un discours vrai, juin 2017.

L’artiste privé d’amour, pour peu qu’il chante la vie, n’en est que l’appât, une sorte de castrat idéal qui n’y connaîtra jamais rien. Aussi longtemps qu’il n’est pas détrompé sur sa nature anecdotique d’artiste, tant qu’il croit à l’art et à tout son romantisme, qui en vérité n’aura permis que de l’appâter, pour – au mieux – préparer son œuvre à la consommation, sinon être rejeté à la marge, il est l’être le plus ridicule, et en rien sublime. Il est pris dans un « système d’exploitation » de la niaiserie par les malins à l’usage des masses monétisables, un système qui sacrifie des jeunes vierges effarouchés en mal de création, car stériles en termes de séduction physique. 

En vérité, mon écriture de la souffrance en tant qu’artiste et amoureux malheureux, est d’un pessimisme pornographique. On est au coeur de l’événement, en lisant ces lignes.

Les femmes font de plus en plus ce qu’elles veulent dans le domaine amoureux, elles y sont reines, souveraines, elles accordent leur consentement, leurs grâces, leurs faveurs, et grâce au féminisme elles sont de plus en plus libres et respectées, éclairées et décisives. C’est une force et une chance grandissante d’être une femme. C’est donc pour moi un déshonneur sans égal de ne pas être aimé, depuis si longtemps, d’être ignoré malgré des pourparlers, des approches et une amour sincère au service de celles que j’ai admirées. Il y a une alchimie ratée entre mon être et les relations extérieures. 

Celui qui désire sans obtenir devient hideux pour lui-même et les autres. Tu l’as dit, tu n’as rien convoité, et tu as droit au bonheur. J’avais envie d’amour et je n’ai rien eu. Il y a une morale ou une loi, les purs et les innocents connaissent l’amour, et les hideux, les singes dont je suis, souffrent dans l’indifférence en attendant la fin. C’est une philosophie, un peu comme dans l’Antiquité, c’est aussi un peu l’enfer. Quand on sait qu’on y restera, le « mérite », cette valeur si moderne, paraît bien dérisoire. Je songe à l’enfant, au jeune prodige que j’ai été, à l’espoir que je suscitais (très vite fauché par le deuil de notre père, et la déraison qui s’ensuivit dans mon entourage) et je me dis que cet enfant ne méritait pas de devenir un adulte malheureux, ni de connaître tant de déboires et de haines, sources de frustration et d’inassouvissement.

D’un certain côté j’ai été fort et courageux, j’ai encaissé sans broncher et j’ai su garder longtemps de l’optimisme dans l’adversité. Mais ça ne suffit pas pour être compris et séduire, l’immoralisme est la règle.

J’étais redevenu vif, depuis deux ans, actif, avec des projets et des réalisations. Je pense soudain au monde de publicités où nous vivons, c’est nous les marchandises, et l’humanité n’est plus qu’une monnaie récupérable, dévaluable, ou inflationniste, selon ce qu’on veut nous vendre. Tous les slogans qui parlent des gens pour vendre une seule marque concurrentielle, voilà ce qui aura bouffé pour nous une partie de l’amour. Ça a fait de nous des entreprises, par retour de bâton, par feedback, et les moins performants, les moins préparés, les moins « beaux » selon le canon de l’instantané, du paraître, de la réussite et du destin, se retrouvent sur la touche. Ce sont ceux qui ont déjà du succès qui engrangent les nouveaux succès. Celui qui a pratiqué sur moi des attouchements non consentis, le batteur de mon groupe, en me « touchant », m’a mis en « touche ». La contre-publicité, la psychose et la drogue faisant le reste, j’y suis resté, sans attraits décisifs, sans plus le droit de jouer à des jeux de grandes personnes. Écrire n’est pas sérieux, ni heureux, c’est une activité d’épuration, de purge et de « castrat idéal ». J’aime beaucoup cette dernière expression. Mais je n’aime pas la purge, il ne faut pas y prendre goût.

Aucune femme ne viendra me chercher, et trouver l’amour impliquerait que j’aille de l’avant, avec l’espoir et la fleur au fusil, dans le risque de me faire rabaisser douloureusement une fois encore. Je suis déglingué, je ne peux même pas repartir droit, et la confiance m’a quitté. Je disais à mes frères et sœurs, au Noël qui suivit la mort de notre père, à leurs visages atterrés, que le plus important au monde, c’était la confiance. Ils n’ont rien répondu, ni alors, ni plus tard, ils se sont contentés de me regarder gravement. Ma pensée était religieuse, je voulais dire qu’il fallait croire, avoir confiance en l’idée très célèbre que Dieu ressuscite les morts au Paradis, où ils nous attendent, apaisés. Que notre père y était lui aussi. Mais je n’ai pas su développer devant eux, comme cela, mon idée, j’attendais leur parole, qui n’est pas venue. Mes sœurs et mon frère ont trouvé des gens par amour sur leur chemin, le soutien, le succès, le travail et la confiance, bien qu’une de mes sœurs soit célibataire aujourd’hui, sans enfant, mais c’est en partie par choix, car elle a connu des hommes, qu’elle a quittés. Mon meilleur ami, la première fois que je l’ai vu, à 23 ans, il m’a dit : « c’est l’argent qui dirige le monde ». Je n’ai rien trouvé à lui rétorquer sur le moment, j’étais surpris, je suppose qu’il avait préparé sa phrase. Quelques années plus tard, en le revoyant, je lui ai donné ma réponse : « non, ce qui dirige le monde, c’est la confiance ». Car même les financiers accordent et retirent leur confiance, et selon leur confiance ou son absence, les marchés s’effondrent ou prospèrent. Nous ne sommes pas que des êtres symboliques et matériels, comme l’est l’argent, mais faits de sentiments, fluctuants, mais bien connus, et constamment existants à ce jour, comme l’est la confiance en bien des choses et des individus, sans quoi nous aurions déjà disparu. Sans la confiance de ma banquière, je n’aurais pas financé l’impression de mon roman, ni pu mener à bien le travail d’édition qui m’a pris deux mois, avec l’achat de mon excellent MacBook. La confiance a contribué à transformer de l’argent en un livre, en littérature. 

Tu me verrais, actuellement, j’ai l’énergie d’un vieillard quand je marche… J’ai pris dix ans sur mon visage, un visage de dépressif. Surtout de près. Or l’amour, c’est de près que ça s’apprécie, que ça se fait.

La timidité est-elle le signe de l’absence de vertu ?

Je ne suis pas un comique, ni un comédien, je ne changerai plus.

C’est mon tempérament d’artiste qui fait de moi un castré idéal.

Les hommes ont besoin d’être honorés par les femmes, car elles sont belles, elles ont des formes, elles sont agréables, et elles font faire aux hommes des exploits, travailler, avoir la santé. La réciproque est aussi vrai, les femmes ont besoin d’être honorées, chantées, respectées, protégées, admirées, aimées par les hommes. On flatte les jeunes pour qu’ils s’aiment afin qu’ils aillent plus loin aussi tôt que possible. Morale : si tu n’es plus jeune, tu n’es pas honorable en amour, pour t’y mettre, pour démarrer avec. Je déteste donc l’ex-président François Hollande, qui se déclarait le président de la jeunesse, car c’est sous son mandat que j’ai perdu ma jeunesse et perdu mon amour.

Tout, ou presque, excepté la violence, peut être pratiqué, excepté aussi mener le projet de société d’un amour physique qui serait exclusivement réservé aux soi-disants « sains de corps et d’esprit », et dont seul un être serait forcément et volontairement exclu par sacrifice spécial. Tout sauf ça. Ce fut, autrefois, le cas du Christ. Plus jamais ça. Pas à moi David, pas aux schizophrènes non plus, et que personne sur Terre ne fasse l’objet d’une tel projet, que nul ne soit castré, ni physiquement, ni symboliquement, et que chacun reconnaisse les siens. Embarquez votre passé pour un présent perpétuel, oubliez l’avenir.

Il ne s’agit pas de faire comme si le diable n’existait absolument pas et concrètement pas, mais il s’agit de permettre que le diable n’existe pas de fait, symboliquement, dans les relations intersubjectives et personnelles, qu’il ne soit pas gisant entre nous, que le diable, qui est l’entité de la division, ne règne pas, ne soit pas délimitable en nous et entre nous et que cette entité ne constitue pas une réalité d’ordre individuel et spirituel pour un seul être humain dans l’univers. C’est pourquoi ladite « schizophrénie », qui signifie « esprit scindé », donc « divisé », est un symbole et une percée du « diable », cela creuse les esprits et nous désolidarise les uns des autres. Il faut changer cette appellation qui ne prend pas en compte la souffrance engendrée par l’appellation, par le poids des mots, sur les patients en question et leur impact sur la pensée de tout un chacun, de tous les êtres parlants, pensants et sensibles. 

Être un artiste du vrai, voire un comique de la vérité, s’en faire l’humoriste, c’est penser à mettre la laideur, et une sorte de grossièreté, au service de l’intelligence, devant un public, soit la réflexion, qui apprécierait en connaisseur le vrai et le grossier, avec un fond pathétique mais aussi et surtout beaucoup de tendresse pour l’artiste et son sujet. C’est être en état de penser la laideur et sa réalité, et sa vérité d’évocation pour un public, que représente l’instance de la réflexion.

Qu’est-ce qu’il me reste ?

Tout, ou presque, excepté la violence, peut être pratiqué, excepté également mener le projet de société d’un amour physique qui serait exclusivement réservé aux soi-disants « sains de corps et d’esprit », et dont seul un être serait forcément et volontairement exclu par sacrifice spécial. Tout sauf ça. Ce fut, autrefois, le cas du Christ. Plus jamais ça. Pas à moi David, pas aux schizophrènes non plus, et que personne sur Terre ne fasse l’objet d’une tel projet, que nul ne soit fait castrer, ni physiquement comme le Christ avant sa crucifixion, ni symboliquement, et que chacun reconnaisse les siens. Embarquez votre passé pour un présent perpétuel, oubliez l’avenir.

L’humanité est une légende vivante divisée entre aryens et humains. Les humains vont seuls, pauvres et malheureux, sans amour, tandis que les aryens les accablent de morale, les narguent et les trompent et se reconnaissent toujours entre eux facilement pour former des couples heureux.

J’ai la mort dans l’âme, le diable au corps et l’esprit fou de douleur. 

Toi seule peut me sauver de ce sort diabolique, par pitié, en me donnant une chance de vivre avec toi en amoureux.

Tu savais bien que je t’aimais quand nous allions au cinéma. Je te l’avais déjà écrit. Ne dis pas que tu aurais agi différemment si tu avais su. 

Tu étais censée me comprendre, tu es un ange.

Quelqu’un en particulier a voulu tuer ma sensualité. Plusieurs ont voulu supprimer ma sensualité. Ils utilisent la violence, la brutalité, la contrainte, le non-consentement, les coups et les attouchements dans le but de tuer la sensualité de leur victime. Ils veulent s’y substituer, y substituer la mémoire de leur toucher, de leurs coups, de leur souffle, de leurs visages, de leurs vies. Ce quelqu’un toucha mon ventre au niveau de la ceinture sans mon consentement, et depuis je sens la taille de mes pantalons, de mes pyjamas ou de ma ceinture faire pression sur ma peau et me rappeler la mémoire de son attouchement, et la mémoire de lui, de sa présence, de son physique et de sa personnalité. Comme s’il me disait et m’avait fait : « sens ta "sainte ur" en mémoire de moi. » C’est fou et c’est démoniaque d’avoir eu l’idée d’exécuter un pareil geste, un pareil plan. Je le plains pour sa méchanceté et je fais des efforts pour le pardonner, avec une certaine difficulté.

Les femmes doivent se convaincre que je ne suis pas un sous-homme.

David en hébreu signifie "aimé", "chéri". Ce n’est pas mon cas, je ne suis toujours pas aimé, pas chéri par une femme, je ne suis pas "david", et pourtant c’est mon prénom.

Il y a urgence. Bientôt je ne serai plus assez jeune pour aimer l’amour, que je ne connais pas.

Même si physiquement je retrouve de l’entrain, le moral ne suit pas car l’amour est un don qui me fait défaut et que les femmes n’accordent qu’aux hommes qui ont déjà le bon moral, c’est donc pour moi un cercle vicieux, ou plutôt l’amour est un cercle de gens vertueux, ou qui se croient vertueux, et qui m’en excluent.

Tant d’échecs en amour, ce n’est plus permis. Je n’oserai plus sortir de chez moi. Personne ne saura que j’existe, je ne ferai pas de rencontres. Comment retrouver la confiance et connaître l’amour nécessaire à ma guérison ? Je ne vis plus ma vie, je la meurs.

Il nous faut à tous convertir le diable à l’amour et l’aimer, cela passe par une conversion, des relations humaines interpersonnelles, au consentement à ce que personne ne reste sur le carreau, que personne ne soit, plus qu’il n’est raisonnable dans le temps, la fréquence et le plaisir, et selon sa demande et sa souffrance, ni isolé, ni privé d’amour charnel, de tendresse et d’affection mutuellement et pleinement consentis. Je suis celui que vous vous êtes désignés, vous qui savez vous trouver aisément en amoureux, pour vous dire ce que je vous dis et accomplir cette conversion du diable, cette révolution des corps et des esprits sur la totalité des humains qui aiment aimer, avec succès, ou sans succès à ce jour, mais c’est justement le succès de chacun, de tous, de deux en deux, dans une succession qui comprend tout le monde et n’exclue personne, qui est l’enjeu suprême de la vie humaine sur Terre. Ceci est mon symbole, que je vous transmets avec l’amour qui me reste, et pour traverser l’épreuve angoissante de la solitude qui me reste à vivre en attendant l’avènement de ma chance en connaissant cet amour avec une femme.

Nous sommes tous des antéchrists, parce que le Christ était le médiateur élu par Dieu pour dire la vérité première de Dieu, et parce que nous n’avons pas été choisi pour la révéler en premier, ni en dernier, ce qui nous place chacun, à au moins un stade inoubliable de notre existence, soit dans l’indifférence, soit dans l’ignorance, soit dans la haine, soit dans le rejet du Christ. Mais parmi nous tous antéchrists, certains croient quand même en Dieu et au Christ, tandis que d’autres sont quand même athées et ariens (les ariens nient la divinité du Christ et des humains, ce qui n’est pas bon en vue de bien agir). Les athées et les ariens sont dans l’erreur, y persévérer est diabolique. Si tu croyais en Dieu, toi que j’aime, tu m’aimerais aussi, ce serait toujours plus facile pour toi de m’accepter, et nous aurions trouvé plus tôt notre chemin. Clarifions l’enjeu de la religiosité et de la croyance, c’est-à-dire de la foi : croire en Dieu, est-ce croire en son existence, ou bien est-ce non seulement croire en son existence, mais aussi avoir confiance en lui, l’aimer, croire en ses chances de nous sauver, de nous avoir montré la voie de l’éthique du bien agir, grâce à son envoyé, Jésus Christ, tout en acceptant de le suivre sans abandonner personne en chemin ? La première possibilité est la simple foi, la seconde est encore meilleure que la première. Transposons cette problématique aux humains : je crois que mon prochain existe, que chacun existe, et je ne trouve pas bon de vérifier son existence en lui donnant des coups, ni en le caressant sans qu’il l’ait accepté. Je crois pareillement à l’existence de Dieu, que je n’ai pas rencontré comme je t’ai rencontrée, du moins pas en le reconnaissant, ni frappé, ni caressé, tout cela si ma mémoire est bonne. Même si un autre que moi avait pu faire ces choses-là à Dieu, il devrait ne pas recommencer. Je crois ainsi, sans la preuve totale du toucher physique, en l’existence de Dieu, de toute la création, de tout l’univers, c’est ma simple foi. Deuxièmement, tout cela est-il bon, dans le fond ? Le fond étant Dieu, ai-je confiance en lui, pour bien agir ? Si j’ai cette foi, c’est la seconde et elle est encore meilleure que la simple foi, si nous l’avons tous, nous ne sommes ni athées, ni ariens, et nous croyons en Dieu et au Christ, et c’est cela qui est bon. 

C’est malheureux de vieillir, et c’est trop malheureux de vieillir sans avoir connu l’amour, sans le connaître en vieillissant non plus. Nous les humains, nous avons le droit à l’amour, l’amour est pour nous. Le temps est sans amour et l’amour est contre le temps. Comment le temps peut-il connaître l’amour ? Le temps est mort, il est allé dans l’éternité, où il a toutes ses chances d’être en amour.  

Ne considérez pas que la roue tourne. Quoi, le temps passe ? Non. Ce serait chacun son tour ? Ah bon, c’est ça, « la roue tourne » ? Ce serait la chance accordée une fois, à saisir, à en profiter, à ceux qui saurait exploiter le filon, dévider la bobine jusqu’au bout, tandis que ceux qui n’étaient pas prêts quand la roue les aurait désignés, peut-être malades, verraient leur chance et l’espoir s’envoler, disparaître jusqu’au prochain tour, peut-être à la mort ? Nous valons mieux, nous méritons mieux que le hasard monstrueux et le sort arbitraire, nous pouvons nous comprendre, changer la vie, nous communiquer les uns aux autres, nous aimer, nous pardonner, trouver mieux qu’une roue qui tourne « au petit bonheur la chance ». Organisons notre liberté contre la solitude amoureuse.

Dans la grande vieillesse il y a je crois un certain réconfort à toucher au but. Le mal c’est de rater sa jeunesse, d’être en train de la perdre et d’aborder la quarantaine ou la cinquantaine avec beaucoup de retard, ou aucun projet de vie réalisé, rien d’édifié. Nous ne devons plus oublier personne, et ceux-là peuvent aussi prétendre à l’amour heureux.

Les hommes et les femmes qui aiment l’action, qui sont dans l’action, qui y ont du succès, délaissent ceux et celles qui sont ou paraissent moins forts dans l’action, voire les punissent et les excluent à cause d’un défaut qui n’en est pas vraiment un, car dans le monde physique, dans l’univers, tout est action, y compris la pâleur de la timidité, y compris le balbutiement d’un mot d’amour, qui sont toutes choses dignes de la plus grande et de la plus forte action en direction et en faveur de l’amour. C’est pourquoi l’amour doit revenir à chacun, et il doit revenir aussi aux plus passifs, aux prétendus faibles, afin qu’ils jouent à l’égal des autres un rôle actif en amour.

Ne croyez pas avec pessimisme et fatalisme, en y allant droit, que votre avenir est et sera d’être « bien rangés ». L’avenir dure longtemps, surtout lorsqu’on y substitue le passé et le présent.

Il est impossible de faire l’amour avec les morts. Ne posez donc pas des conditions drastiques, inutilement dures et compliquées, ni insurmontables, à celle ou celui avec qui vous accepteriez de faire l’amour. Car il ou elle risquerait de mourir avant, ou de devenir comme mort à l’amour, et vous ne pourriez pas aimer l’amour que vous feriez peut-être un jour.

N’aime pas moins l’être humain qui existe que celui qui vit, pas l’existant moins que le vivant, ni le conscient moins que l’inconscient, comme le faible mérite autant que le fort de partager l’amour avec un autre humain. Car du seul fait qu’il est humain, chaque être a droit à l’amour qui l’attend chez les autres.

Le monde est pratiquement pervers quand on est privé d’amour.

Est-ce la vie passionnée qui atteindra son but – sans toi, avec un autre ou une autre, crois-tu – qui anime encore la complainte de ton ami mal-aimé, ou de ton amie sans amour ? Ou est-ce la mort, que tu entends chanter en eux, par leurs voix et leurs sanglots désespérés ? Détrompe-toi si tu crois que la vie et la mort n’ont rien de commun, que tout les oppose, et qu’un être vivant ne peut jamais être à la mort tant qu’il vit. Car la vie et la mort ont en commun l’existence, qui réunit toute chose. Ainsi la mort se manifeste dans la vie, elle y existe, comme c’est le cas dans ton ami amoureux de toi, ou de ton amie qui t’aime. N’encourage pas la mort à grandir ni en lui, ni en elle, en rien ni personne. Et si tu n’as pas le moindre amour en toi, parles-en-lui avec ta raison infinie. Tu comprendras que l’amour t’a élu, que c’est elle, que c’est lui, qu’un jour prochain l’amour sera avec toi aussi.

L’Évangile doit suffire à faire « parole d’évangile », car son créateur a assez souffert pour cela. Ne faites pas comme si vous ne voyiez pas que la souffrance que vous pourriez chasser, sans le faire, n’engendre pas elle aussi la même souffrance et la même envie de faire « parole d’évangile » au moyen de la souffrance et du peu d’amour restant. Mais le Christ et sa parole dépendaient de Dieu, tandis que nous, nous dépendons les uns des autres. Quand notre souffrance devient trop grande, elle dépend aussi de Dieu, qui la prend en charge. Avec l’aide que vous pourriez apportez aux souffrants, il n’y aurait pas d’équivalence entre le Christ et les souffrants, ni pour vous, ni pour Dieu. 

Quand le soleil brille, il ne brille plus pour tout le monde. Lorsqu’il brille pour toi, pense à l’ami qui n’a pas été aimé, et cherche-le, retrouve-le, et deviens son soleil, un jour, une heure, un moment.

Le peuple est ce qui se restreint au monde physique, et tout ce qui suffit au monde physique est peuple. L’esprit que le peuple et le monde physique condamnent ou se contentent d’ignorer est l’esprit des faibles selon le peuple, des sans-amour selon l’esprit de vérité. Que tout soit en même temps peuple, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps monde, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps physique, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps faiblesse, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps esprit, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps amour, qui n’en est pas issu ? Que tout soit en même temps vérité, qui n’en est pas issu ? Nul n’a le droit de bafouer ce commandement, cherchez bien en vous-même les réponses aux questions les plus obscures, et vous trouverez.

Regarde et vois : vous faites partie du monde qui réussit, parce que vous aimez, étant aimés. Aimes-tu encore faire partie du monde qui, n’aimant pas certains, empêche leur réussite ? Si tu aimes vraiment le monde, aime aussi l’être qui, privé d’amour, est la douleur du monde.

L’art et la condition de l’artiste ont été trop valorisés, par des jaloux et des esprits stériles, comme quelque chose d’enviable, de considérable et d’important, qui ne serait pas accessible à tout le monde. Ainsi le sens commun a décidé, par vengeance, que les artistes deviendraient exclus de quelque chose, et ce quelque chose, c’est souvent l’amour. On se dit de l’artiste : « L’art est tout, il a tout celui-là, je ne vais pas encore en plus l’aimer, lui donner mon amour, ce serait trop de bonheur pour quelqu’un qui est déjà rendu supérieur par l’art ! » Mais comme chacun, n’importe qui, artiste ou non, a droit à l’amour. Là est la vraie morale, la seule qui vaille, pas dans le jugement, ni dans l’exclusion, ni dans la privation, ni dans la haine. Que les amateurs d’art se rassurent : nul besoin d’accentuer la souffrance des artistes pour qu’ils produisent des œuvres encore plus belles : l’histoire regorge de souffrances artistiques ignorées, moquées, n’en avez-vous pas assez ? Qui êtes-vous pour vouloir que l’amour souffre à cause de vous ? La souffrance ne produit que souffrance et laideur, c’est par surcroît de force que les artistes malheureux créent de la beauté. Qui êtes-vous pour continuer à pousser la vie des autres dans ses retranchements ? C’est le bonheur et l’amour qui engendrent le bon et le beau. Généralement, le succès est synonyme de bonheur, d’équilibre et de vie bonne, assez tôt. Il n’y a qu’en art où l’on ait produit, glorifié, et enseigné le contraire. Votre système est pourri et devra bientôt céder, pour l’amour de l’art et par pitié pour toute l’humanité.

« Un sauve tous, tous sauf un » : tel est le christianisme du sexe, ce qui est profondément inégalitaire et mauvais, la gloire de « sauver » tous n’étant rien, au mieux rien que la gloire d’être le diable, c’est-à-dire une grave déchéance, tant devant l’humanité qu’en regard de la divinité.





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