mercredi 12 septembre 2018

L’avenir appartient aux vivants


Vierge en oraison vers 1480, Jean Bourdichon, 
© Musée des Beaux Arts de Tours





— Alors, on fait quoi ?
— Je ne sais pas.
— Mais comment on leur dit ?
— On leur dit que c’est fini.
— Ce n’est pas la fin, c’est...
— Oh, s’il-te-plaît, arrête avec ça, tu sais bien que je n’y crois pas. 
— On leur dit que c’est mort.
— Pas comme cela, ça exige du tact, voyons !
— De toute façon, tu sais comme moi que ça ne fera pas une ligne dans les journaux.
— Non, ça c’est sûr.
— Et qui va l’annoncer ?
— Quelqu’un de solide, concerné, un responsable.
— Toi ?
— Moi ? Et puis quoi encore !
— Tu es concernée.
— Pas autant que toi.
— Mais moi, je ne peux pas. En dévoiler la nouvelle doit revenir à un proche. 
— Comment ça ? Moi ? Proche ?
— Oui.
— Pas si proche, enfin !
— C’est agréable.
— Non, mais tu es simplement un ami.
— Je t’ai aimée, tu le sais.
— Malheureusement...
— Ne le dis pas, je sais bien... Je pense que c’est pour une femme.
— Quoi ?
— C’est une femme qui doit l’annoncer.
— Non.
— Je t’en prie, pour une fois.
— Bon... d’accord...
— Merci.
— Attends !


        ... ... ...

MESDAMES, J’AI L’INFINIE TRISTESSE DE VOUS APPRENDRE LA NOUVELLE DE LA MORT DE L’HOMME. C’EST NON SANS REGRET QUE LE CŒUR DE SON DERNIER SPÉCIMEN VIVANT VIENT DE CESSER DE BATTRE. LUI QUI ÉTAIT SURTOUT HUMAIN AVANT D’ÊTRE MÂLE, M’A QUITTÉE À L’INSTANT. LE DÉFUNT N’AYANT NI PARENTS NI FAMILLE, NOS PENSÉES VONT AUX OBJETS QU’IL AIMAIT : PLUSIEURS LIVRES, BEAUCOUP D’ALBUMS DE PHOTOS, DE CHANSONS, UN ORDINATEUR PERSONNEL, UN BRIQUET À VAPEUR, QUELQUES IDÉES NEUVES, ET BIEN-SÛR, SES TENDRES FEMMES. UNE CÉRÉMONIE FUNÉRAIRE À SA MÉMOIRE SERA DONNÉE CE SOIR À LA BIBLIOTHÈQUE. ELLE EST OUVERTE À TOUTES CELLES QUI SOUHAITENT Y ASSISTER. VENEZ NOMBREUSES PRIER POUR SON REPOS. 

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