vendredi 13 septembre 2019

CRITIQUE : les commodités de la critique poétique






« Par pure commodité, on dira poétique toute forme de parole qui vit de ce qu’elle dit... » Didier Cahen, poète, essayiste et journaliste français (source Wikipedia).





(Carte blanche) à Didier Cahen : Chaque poète invente son écriture (Carte blanche) à Didier Cahen : Chaque poète invente son écriture (Poezibao)www.poezibao.typepad.com



CRITIQUE

J’ignorais, en revenant de « l’épisode Bellanger » (cf. : CRITIQUE : la poésie par temps d’adversité), que le permis d’ignorer s’appliquait encore à mon cas personnel. Mais Didier Cahen s’est senti autorisé à ne pas comprendre les sens poétiques de ma présence vivante : j’en déduis qu’il m’ignore royalement, ce qui n’est pas commode pour moi, mais l’est pour lui qui vit et subsiste sur un malentendu comme un sophiste, qu’il est et qu’il n’est pas. Car au fond, il a raison de poser la question : Qu’est-ce que la poésie ?, à laquelle il répond bien entendu, « elle reste l’art de bien dire ce qui doit être dit, la manière de rien dire quand rien ne peut se dire », tout comme il dit ce qu’elle n’est pas, « cette idée un peu confuse qu’en gardent beaucoup de lecteurs : un foisonnement d’images, l’usage d’une rhétorique qui fait souvent de la poésie un exercice de style. Vous en avez l’illustration parfaite avec la poésie datée et stéréotypée qui s’affiche dans le métro au gré des circonstances : miettes de soleil, jardin secret et joie immaculée » avec pour conséquence, en bonne logique, que la poésie n’est pas tout ce qu’elle est, et qu’elle est tout ce qu’elle n’est pas. Nous y reviendrons. 


En vérité ce genre de discours phraséologiquement horizontal manque singulièrement de verticalité. Didier Cahen pourrait tracer la ligne de ses phrases à l’infini sans que nul ne parvienne à décider enfin ce que la poésie peut bien être — le vers, le retour à la ligne — et ce qu’elle n’est pas, « en vérité, la poésie reste trop souvent normée par son usage scolaire : mémoire, récitation, dictée, un moyen d’éduquer d’abord et un objet d’étude ensuite ». La scolarité, l’école, l’apprentissage, nous apprend Didier Cahen, sont des choses bien trop sérieuses, trop vitales et pérennes pour qu’on les mêle à quelque chose — ou à quelqu’un — d’aussi futile, délicat et périlleux qu’un poème — ou qu’un poète. Il ne faudra pas vivre d’apprendre, comme l’enseigne l’école, mais apprendre à vivre, comme ne le permet pas la poésie. « Éclatons-nous ! » restera le fin mot de l’histoire.


Redisons-le clairement : ce qu’est la poésie, « mais une langue cultivée, finalement retrouvée comme si, à chaque instant on se devait d’apprendre, réapprendre à parler », c’est pour nous le vers — et pour nous francophones le vers alexandrin non exclusivement — ceci afin de la bien distinguer de ce qu’elle n’est pas, « accrocher le silence, tout aussi bien désaccorder le verbe et s’accorder aux vibrations de l’époque ». Ce serait, pour Didier Cahen, la poésie du plectre, ou du mediator. Quelle n’est pas alors notre surprise de trouver sous sa plume de luthiste l’aveu de « l’in(o)utilité » de la poésie, qui « touche » — sans « dicter » (sans dictée ?) — « tous les sens » au « point d’attache » de la poésie universelle, sans « outil » ?


Admettons que la poésie se joue dans cette métaphore du toucher de tous les sens sans outil que porte à notre conscience Didier Cahen. Que ferions-nous de notre outil de poète, sinon nous en délester pour suivre mieux Didier Cahen sur les chemins de la poésie universelle ? Nous mettrions, avec le risque que comporte tout abandon de soi laissé au bon vouloir de Didier Cahen, mais heureux et décidés à nous assumer poètes,  sans outil ni véritable feuille de route, nous mettrions le doigt sur le je. Une vérité, encore timide, surgit alors en nous, audacieuse et mal assurée, qui s’énonce distinctement et en toutes lettres dans la prodigieuse illisibilité de la prose de Didier Cahen, qui n’est pas, heureusement, de la poésie, car « que peut la poésie en cette époque de mondialisation des têtes et des oreilles, de surinformation, de vérités hâtives, de surdité et d’affirmations infinies ? »


Au risque de me répéter, je vais prendre sur moi la lourde responsabilité de répondre à ce questionnement : la poésie peut — ou pourrait — rimer à quelque chose ou avec quelqu’un. La poésie peut se faire comme pourrait se faire la critique, sans poser à la fois les questions et donner les réponses. La poésie, elle peut s’écrire dans un poème de deux pages. Elle pourrait, c’est vrai, garder « les pieds sur terre » en un sens, et en un autre sens « toucher à l’inconnu » ; ne plus s’ignorer elle-même historiale, ni les poètes ignorer, au nom du quotidien et de l’atome, que l’existence, cette inconnue, rime à quelqu’un, avec quelque chose, dont la pulsation connaît une infinité de variations, ce dont nous ne voyons pas encore la trace dans l’édition de poésie ultracontemporaine, mais que l’on vit aux temps passés, lorsque les poètes s’éditaient eux-mêmes, et que l’on reverra, lorsqu’ils éditeront de s’éviter chez Les Éditions Austères, unies dans la misère !


Poètes, il vous est permis d’ignorer le milieu de l’édition.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci de votre aimable intérêt pour ce blog...