mercredi 9 juin 2021

La lettre du Poexit

Les Temps modernes, 1936, Charlie Chaplin

Je vous écris ces lignes entre celles du bâclage poétique. Celui-ci étant tout à fait contemporain, ma lettre s’inscrit elle aussi dans la contemporanéité.

La poétique est maintenant rabelaisienne. Rimbaud était rabelaisien dans son défi lancé aux poètes de l’avenir, qui sont maintenant les contemporains. 

Avec ses côtés de « dictature du prolétariat », la poésie contemporaine a du charme.


Prétendre vouloir tout dire de ce monde, quitte à révolutionner les règles… il faudrait déjà voir qui écrit. Et là, un tragique esprit de sérieux pèse sur la poésie.


Un appétit gargantuesque entraîne la poétique vers l’énumération des modes d’énonciation du dire poétique, si besoin en refusant la prosodie ancienne, mais paradoxalement la poétique nous affame et ses résultats sont malingres. Point de vue de lecteur.


Il suffit presque d’écrire en alexandrins rimés pour mettre un désordre monstre dans ce vaste désordre. Ce qui a été, est. Ce qui est, sera. Raison suffisante pour écrire aussi des vers réguliers.


Je n’écris pas seulement contre la perte de la poésie qu’entraîne son interdiction consensuelle, j’écris aussi pour une certaine conception du monde, qui ne refuse pas au langage poétique sa capacité toujours intacte d’emporter à son bord une partie de la vérité.


Il y a un avenir possible dans l’alexandrin et dans la métrique régulière, jusqu’au vers de seize syllabes. Jacques Réda le prouve avec brio à mon avis, dans certains de ses poèmes, comme c’est le cas dans le Quart livre des reconnaissances.


Je ne nie à personne le droit d’employer la langue qu’il souhaite. Il fallait bien répondre à ces attaques incessantes contre le vers et la rime. Au moins, je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi quoi que ce soit, contrairement à ceux qui ricanent et se jettent dans la modernité en dédaignant tout héritage. Qu’on aille au bout de Crise de vers de Mallarmé avant de se sentir obligé d’être un commencement sans être aussi une fin. Il n’y a pas de recommencement qui ne passe pas par une fin.


La rime, désuète ? Le plus intéressant se situerait alors dans les onze premières syllabes, ce que presque personne n’observe. 


Ceux qui honnissent la poésie qu’ils disent « innocente », « enfantine », « désuète », « récitée », « harmonieuse », etc., encore faudrait-il être sûr qu’ils n’en médisent pas seulement parce qu’ils en sont incapables


Un corps charismatique pour porter une œuvre ébouriffante et revêche, telle était la devise des éditions Pros@fric. Le corps d’un auteur estampillé de la marque « Pros@fric » était l’écrin et l’encensoir d’une œuvre appelée à surplomber son époque. 


Croire à la poésie sans art jusqu’à la sortie, jusqu’au Poexit, c’est ce qui nous arrive : du toc, du toc et du toc… 


D’alexandrin, le poème est devenu l’art exsangue d’rin.

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