vendredi 24 septembre 2021

PAROLES : Messages révolutionnaires d’Antonin Artaud

Antonin Artaud, 1926











ANTONIN ARTAUD, MESSAGES RÉVOLUTIONNAIRES, 1935-1936, Morceaux choisis :


Antonin Artaud, Le théâtre et les dieux, 1936 :


« Les choses en sont au point qu'on peut dire que, comme à d'autres époques la jeunesse courait après l'amour, avait des rêves d'ambition, de réussite matérielle, de gloire, aujourd'hui elle a un rêve de vie ; et c'est après la vie qu'elle court, mais cette vie elle la poursuit, si on peut dire, dans son essence : elle veut savoir pourquoi la vie est malade, et ce qui a pourri l'idée de la vie.

Et pour le savoir elle regarde dans l'univers entier. Elle veut comprendre la nature et l'Homme par-dessus le marché. Non pas l'Homme dans sa singularité, mais l'Homme grand comme la nature. »


« Il y a dix mille façons de s'occuper de la vie et d'appartenir à son époque. Nous ne sommes pas pour que dans un monde désorganisé les intellectuels se livrent à la spéculation pure. Et la tour d'ivoire nous ne savons plus ce que c'est. Nous sommes pour que les intellectuels entrent eux aussi dans leur époque ; mais nous ne pensons pas qu'ils y puissent entrer autrement qu'en lui faisant la guerre.

La guerre pour avoir la paix.

Dans le désastre actuel des esprits nous incriminons une immense ignorance ; et il y a un courant très fort pour qu'on cautérise cette ignorance ; je veux dire qu'on la cautérise scientifiquement.

La vie, pour nous, n'est ni un lazaret, ni un sanatorium, ni même un laboratoire, et nous ne pensons pas d'autre part qu'une culture puisse s'apprendre avec des mots ou avec des idées. Ce n'est pas par le dehors de ses mœurs qu'une civilisation se communique. Avant d'avoir pitié du peuple, nous sommes pour qu'on fasse renaître les vertus oubliées d'un peuple qui pourrait ainsi, de lui-même, parvenir à se civiliser. »



Antonin Artaud, Bases universelles de la culture, Mexico, 1936 (retraduit de l’espagnol par Marie Dézon et Philippe Sollers) :


« Aujourd’hui, en Europe, la culture, comme l'instruction, comme l'éducation, est un luxe qui s'achète. C’est là la meilleure preuve que le sens des mots se perd et il n’est rien comme la confusion dans les mots pour révéler un état de décadence qui s’est maintenant généralisé en Europe. C'est bien pourquoi, avant de discuter de la culture, il me faut préciser le sens de ce mot. Je dirai d'abord ce que tout le monde entend par là ou croit entendre, ensuite je dirai ce qu'il signifie réellement. […] »


« […] Le mot d'instruction signifie qu'une personne s'est revêtue de connaissances. C'est un vernis dont la présence n'implique pas forcément le fait d'avoir assimilé ces connaissances. Le mot de culture, en revanche, signifie que la terre, l'humus profond de l'homme, a été défrichée. […] »


« Si l'Europe conçoit la culture comme un vernis, c'est qu'elle a oublié ce que fut la culture aux époques où elle existait vraiment ; les mots ont en effet une signification rigoureuse, et il n'est pas possible d'extirper du mot culture son sens profond, son sens de modification intégrale, magique même pourrait-on dire, non de l'homme mais de l'être dans l'homme, car l'homme vraiment cultivé porte son esprit dans son corps et c'est son corps qu'il travaille par la culture, ce qui équivaut à dire qu'il travaille en même temps son esprit. »

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