dimanche 13 mars 2022

Poésie, langue amoureuse


Cher liseur,


Le temps de l’édition n’est ni le mien, ni celui de la poésie. Je vis au temps de ma poésie qui n’attend que toi.


La mort symbolique d’un poète est de moindre importance que la mort infligée à la poésie. 


En toute chose, comme tu le sais, la mesure est prête. Ainsi, la mesure est-elle en toute chose. Si la mesure n’a plus cours en poésie, si même le temps de l’édition ne prend plus la mesure de la poésie, deux choses prennent corps : la dissolution et le mensonge.


La poésie sans commune mesure, sans aucune mesure, c’est la poésie dissoute. Je ne dis pas qu’elle est « dissolue », trêve de moraline. La poésie, elle, est mesurée, elle consiste.


La démesure en tout, la mesure en rien, c’est maintenant le mensonge de l’édition au sujet de la poésie. Sans mesurer l’ensemble de la poésie, sans la mesure d’une langue amoureuse, l’édition ment. 


Pour mesurer la poésie, l’édition doit accepter en elle l’expression de la vérité universelle, en laquelle consiste la poésie. 


La poésie est le dernier recours lorsque la langue et l’esprit se meurent. 


Lorsque plus rien n’a de sens, qu’à force d’échecs et d’ennui l’existence perd l’attrait qu’on lui prêtait hier encore, lorsque même les mots perdent leur souffle vivifiant, rares sont les remèdes ;  peut-être, cher liseur, n’en existe-t-il qu’un seul.



N’est-il pas confondant de constater que certains des plus grands esprits que le monde ait porté n’entendaient rien à la poésie ? 


Je pense à Arthur Schopenhauer, qui fustigeait la poésie française précisément pour ce qui en fait la beauté : le vers et la rime. Il ne comprenait pas que la mesure et la musique dans les mots puissent ravir et consoler une âme et un cœur malades de désespoir, comme la lecture de poésie en est capable, en particulier la lecture de poésie d’expression française.


De tout temps, la vie peut prendre un tour dépassionné, démoralisant ; l’expression de la tristesse même peut se faire trop pesante pour la soulever. 


Avec ma poésie, je te donne son cœur.


La langue vivante de ces poèmes puisse-t-elle danser sur le bout de tes lèvres, doucement, et les images trembler dans ton âme comme la lueur des foyers dans la longue nuit de novembre. 


Je t’expliquerai, comme un jeu, que les rimes sont des images doubles, triples, quadruples, des métaphores sonores, qu’elles font danser les mots comme la flamme d’une bougie, qui vacille, fragile et intense comme la vie, comme toi.


Je te montrerai comment souffler devant cette flamme sans l’éteindre, patiemment, tendrement, de dodécasyllabes en dodécaphonies, qui te feront retrouver un monde merveilleux d’harmonies, comme tu en rêvais. 


Je t’emmènerai par le ciel et la terre, où le verbe et la vie s’uniront sous nos yeux, ébahis par la sublime évidence enfouie qui sommeille dans nos corps abaissés. 


Je te remercierai, humblement, par la prière des mots appris de langues insoupçonnées et heureuses, par l’éternité qui engendre et anime, qui transcende la vie, parce que je t’aime.


Brest, 7 avril 2021, David Rolland

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