dimanche 8 juillet 2018

Improvisation sur l’esprit

Le Professeur Tournesol © Hergé - Moulinsart
via franceculture


Sans doute suis-je libre de corps.

Mais je ne suis pas sûr d’être libre d’esprit, et tous et toutes ne le sont probablement pas.

Premièrement, je puis (c’est un « je » générique, universel) me sentir prisonnier de Dieu, du destin qu’il m’impose, dont je conjecture l’existence. Mais plus j’aurai la bonne idée de Dieu (dieu d’amour et de paix), une idée universelle et créatrice de sa bonté, moins je croirai à une quelconque fatalité. Passons sur les conceptions qui font de Dieu un monstre, elles sont anthropomorphiques. Ainsi, Dieu ne serait pas la source de mon aliénation, mais bel et bien l’universel garant d’une liberté minimale. Il se peut, d’autre part, que je ne croie pas en Dieu. Cela suffirait-il à me rendre ma liberté d’esprit, à surmonter les forces qui m’entravent ? Non, car si Dieu n’existe pas, il est nécessairement non-agissant en tant qu’être, et toute la supposée nécessité qui émanait de son idée n’aurait jamais eu la moindre consistance, ni la moindre incidence sur moi. Serais-je dans l’erreur, si pourtant il existait, que ma liberté n’en serait pas plus aliénée par lui, car un être éternellement nécessaire n’a pas besoin de mon assentiment personnel pour être ce qu’il est. Fût-il impensé par moi ou impensable, non-reconnaissable, il n’en serait pas moins ce qu’il est intégralement pour lui, et il me garantirait là encore le minimum vital.