mardi 11 février 2020

Alcatraz

Prison d’Alcatraz, San Francisco









Sur l’île d’Alcatraz, au gré des alizés,
élisaient domicile certains exilés.


Leur vision s’enlisait dans l’azur des eaux lisses,
où, silencieuses, des balises à hélices,
posées par la police à l’insu des suspects,
rendaient si difficile, à ces oiseaux discrets,
la traversée des filets sans être saisis.
C’est un supplice atroce de moisir ici !



Treize d’entre eux, désireux d’oser l’évasion
instruisirent leur réseau de leur décision :


« Nous voulons disparaître sans laisser de traces
et oublier la malédiction d’Alcatraces ! »



Une nuit sans étoiles, l’espoir les saisit.
En exerçant leur style à la brasse, transis
dans l’océan glacé, ils firent les délices
de poissons exaucés... tandis que leurs complices,
qui connaissaient les ficelles de leur méfait,
embrasaient Alcatraz, qui, fissile, sautait.


David Rolland 

Ce poème figure dans le no. 65 (novembre 2019) de Lune en Carré, la revue de poésie publiée par l’association brestoise An Amzer.
Retrouvez Lune en Carré à la librairie Dialogues à Brest.
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dimanche 9 février 2020

Évasion poétique


Deux femmes courant sur la plage, 1922, Pablo Picasso



Quand le poème entier ne rime qu’avec l’évasion, la comparaison en cavale se prend les pieds dans le tapis du pathos, sous l’œil moqueur de l’allégorie, qui convoque l’ironie et la lettre à ce spectacle métaphorique : 


« Tiens, la Comparaison est une jolie dame ! », relève aimablement la métaphore, flatteuse. 


La comparaison, un peu confuse, la remercie du compliment, se redresse et repart de plus belle, suivie de près par la métaphore, qui en est tombée raide amoureuse.

lundi 27 janvier 2020

Qu’en creux

Un beau canard


Des canards rimbaldiens s’ébattaient dans leur mare.
« Où allons-nous ? » cancanaient-ils, fiers, en latin.
Ils allaient de gloussements gallinacéens
en « coins-coins » nasillards au petit coin, peinards.


J’ignore s’ils flambaient... Enfin, ils m’irritaient.
Je ne suis pas comme eux un poète érudit.
Je n’ai pas leur savoir, et bien que j’étudie,
pendant qu’ils étudiaient le beau chant, je chantais.


Et je dégoise aussi quand je suis aux latrines,
je ne suis pas discret, j'avertis ma voisine.
Mais eux, dans un concert effréné de prouts-prouts,


de binious, de perlouzes, et de salves lentes,
ils engraissaient le champ d’une armée en déroute,
et moi, qui les suivais, j’empreignais leurs fientes.

samedi 18 janvier 2020

PAROLES : N°4 « Autodélivrance »



Lorsqu’en passant au rayon poésie :


— Regardez mon sac... vous voyez ?... j’ai rien volé... j’ai rien volé...

...

— Ah oui... effectivement !


Automne 2019, 
librairie Dialogues.

lundi 6 janvier 2020

L’oiseau et l’enfant

Image © David Rolland

Au creux de ton nuage où reposait si beau
le bleu de ton visage à la clarté de l’eau



penché sur les vivants comme sur un poème
serait penché l’instant qui en serait le thème


tu vis à leur bonheur qui restait sans raison
que mourait dans leurs cœurs silencieux l’horizon


samedi 26 octobre 2019

PAROLES : N°3 « MDR »

Marcel Proust


— David, vous êtes un Allemand.
— Pourquoi alors ?
— Le masque, le masque !

2016, CATTP.

samedi 21 septembre 2019

LECTURE : Réinventer le vers, Philippe Beck, Jean Baetens



Dans ce court essai, le poète Philippe Beck répond aux questions de Jan Baetens et livre son érudition toujours fine et parfaitement distincte en abordant ce qui remue la poésie de manière centrale depuis son origine : le vers. Une conversation qui prend les allures d’une promenade plus sereine qu’il n’y paraît à travers cet enjeu poétique qui secoue, qu’on le reconnaisse, qu’on le fasse sien ou non, la création contemporaine dans sa quête d’une définition de la poésie dite du vers et du vers libre en particulier. La parole de Philippe Beck se place parmi celles qu’il convient de lire pour respirer et sentir combien la poésie et ses questions sont bel et bien vivantes. 

Réinventer le vers, Philippe Beck, en conversation avec Jan Baetens, L’arbre à paroles, 2018


jeudi 19 septembre 2019

mercredi 18 septembre 2019

PAROLES : série francophone. N°1 « Peinard »

Friedrich Nietzsche (1844-1900)


« J’ai jamais été en prison. Et je suis jumeau ! »

Avril 2006, Bohars.