lundi 27 janvier 2020

Qu’en creux

Un beau canard


Des canards rimbaldiens s’ébattaient dans leur mare.
« Où allons-nous ? » cancanaient-ils, fiers, en latin.
Ils allaient de gloussements gallinacéens
en « coins-coins » nasillards au petit coin, peinards.


J’ignore s’ils flambaient... Enfin, ils m’irritaient.
Je ne suis pas comme eux un poète érudit.
Je n’ai pas leur savoir, et bien que j’étudie,
pendant qu’ils étudiaient le beau chant, je chantais.


Et je dégoise aussi quand je suis aux latrines,
je ne suis pas discret, j'avertis ma voisine.
Mais eux, dans un concert effréné de prouts-prouts,


de binious, de perlouzes, et de salves lentes,
ils engraissaient le champ d’une armée en déroute,
et moi, qui les suivais, j’empreignais leurs fientes.

dimanche 19 janvier 2020

Ce que nous sommes

La Madeleine à la veilleuse, George de La Tour,
vers 1642-1644. Musée du Louvre.


Je suis ce que je suis, comme le temps maudit
Comme lui, je suis fait des sanglots de la foi,
mais je n’étais pas toi et tu n’étais pas moi
Qui nous laissa à l’abandon, comme interdits ?


S’il y a un sens à l’énigme de notre haine,
accrochons à l’entrée l’objet de nos critiques
Sans t’imposer les conditions les plus drastiques,
je suis à ton image et tu es à la mienne


Parfois nous nous perdions, jaloux, hors de nous-mêmes,
en croyant rechercher les êtres qui nous aiment
L’ennemi est en nous, il veut nous disperser


Ne faisons pas l’ami à notre propre image
Faisons-nous à la sienne, à l’image d’un sage,
qui, l’habitude aidant, ne s’ouvre qu’à moitié

samedi 18 janvier 2020

PAROLES : N°4 « Autodélivrance »



Lorsqu’en passant au rayon poésie :


— Regardez mon sac... vous voyez ?... j’ai rien volé... j’ai rien volé...

...

— Ah oui... effectivement !


Automne 2019, 
librairie Dialogues.

lundi 6 janvier 2020

L’oiseau et l’enfant

Image © David Rolland

Au creux de ton nuage où reposait si beau
le bleu de ton visage à la clarté de l’eau


penché sur les vivants comme sur un poème
serait penché l’instant qui en serait le thème


tu vis à leur bonheur qui restait sans raison
que mourait dans leurs cœurs silencieux l’horizon


Épris de la bonté soufflée par les oracles
tu descendis lesté du poids de tes miracles


dont un monde rempli du temps qu’il faisait jour
dans l’enfer et l’oubli attendait le retour


Et tu pris sous ton aile un enfant qui lançait
les iris éternels de son regard distrait


vers ta demeure au ciel comme un rappel ancien
à ton être essentiel dont tu ne gardes rien


Cette version du texte a été légèrement remaniée par rapport à celle qui figure dans le livre.

samedi 26 octobre 2019

PAROLES : N°3 « MDR »

 

— David, vous êtes un Allemand.
— Pourquoi alors ?
— Le masque, le masque !

2016, CATTP.

samedi 21 septembre 2019

LECTURE : Réinventer le vers, Philippe Beck, Jean Baetens



Dans ce court essai, le poète Philippe Beck répond aux questions de Jan Baetens et livre son érudition toujours fine et parfaitement distincte en abordant ce qui remue la poésie de manière centrale depuis son origine : le vers. Une conversation qui prend les allures d’une promenade plus sereine qu’il n’y paraît à travers cet enjeu poétique qui secoue, qu’on le reconnaisse, qu’on le fasse sien ou non, la création contemporaine dans sa quête d’une définition de la poésie dite du vers et du vers libre en particulier. La parole de Philippe Beck se place parmi celles qu’il convient de lire pour respirer et sentir combien la poésie et ses questions sont bel et bien vivantes. 

Réinventer le vers, Philippe Beck, en conversation avec Jan Baetens, L’arbre à paroles, 2018


vendredi 20 septembre 2019

Greluchon par-devers soi

Allégorie de la foi, 1670-1674, Johannes Vermeer























Sur le récent et contemporain scandale d’un témoin de Jéhovah qui, pour les besoins de sa cause, prend à partie la littérature et l’opinion parce qu’il vise à édifier son lectorat, en vouant son existence aux sirènes gémoniaques de la critique la plus féroce, on n’a jusqu’à présent pas fait montre d’une grande curiosité à l’endroit du phénomène qui l’agite, car on agite désormais plus volontiers la tête en signe de désapprobation, au lieu d’agiter une lanterne en plein jour ; or notre énergumène catéchumène est lumineux. Il est brillant et nimbé de clarté. Pourtant, dans le périmètre époustouflant de ce soleil véridique, nul ne s’est arrêté, dans la course à la reconnaissance de la vérité, pour considérer l’Astre — ni le thème astral — autour duquel tourne chacun de ses affiliés par Soustraction : l’opinion va de révolutions passives en sidérations actives. 

jeudi 19 septembre 2019

mercredi 18 septembre 2019