dimanche 30 août 2020

Quatre vérités

La Création d'Adam (détail),
vers 1511, Michel-Ange


1. Dieu respire les athées. Ça se passe comme ceci : Dieu expire les athées, d’où leur confusion sceptique, puis Il les inspire, mais ces méchants ne le disent pas, ou ne le savent même pas. Ils sont le souffle cosmique qui insuffle à Dieu le culot de créer encore. Oui, les athées sont l’air que Dieu respire, et personne ne le sait.


2. Dieu boit les croyants. Pas jusqu’à la lie. La lie des croyants, c’est leurs croyances, et Dieu ne veut pas de ça, il ne boit que la foi. Les croyants désaltèrent Dieu, leur fraîcheur lui est agréable. Dieu est plus créatif lorsqu’il a bu, ses capacités sont maximales et Il ne déçoit jamais lorsque Il a bien bu. Les croyants sont l’eau que Dieu boit, les plus mystiques sont même le vin qu’Il débouche pour les grandes occasions. 


3. Dieu ne mange pratiquement jamais, comme les ascètes et certains fakirs. La seule fois où Il a pris un repas, c’était avant de créer le monde, Il a tout rendu et c’est ce qui a créé le monde. C’est pour cela qu’en respirant et en buvant, Dieu se suffit et suffit au monde, qu’Il continue de créer. C’est pour cela aussi que ce n’est jamais pareil, tout en gardant un air de déjà-vu. 


4. Dieu rêve des animaux et des plantes, lorsqu’Il dort. Les animaux et tout le reste sont le repos de Dieu. Les animaux le laissent tranquille au moins, ils font leur vie sans le déranger. Il trouve le calme dans la nature, qu’Il a créée d’abord pour eux, et Il attend de nous que nous respections leur silence et leur propriété. Les humains sont un souci permanent pour Dieu, Il aimerait bien que ce soit réciproque, alors parfois Il boit un grand coup et Il soupire en s’endormant.

samedi 29 août 2020

L'intention permanente

La nuit étoilée, juin 1889, Vincent Van Gogh



Il y a une revendication contre toute l’histoire humaine qui n’est plus exactement un besoin de modernité, mais une volonté de néant. 


L’intention permanente 


Les revendications les plus iconoclastes
contre  toute  l’histoire  de l’humanité
n’expriment pas   un besoin   de modernité
mais une volonté de néant et de faste


Quand les médias sont inconscients ils sont de castes
Parfois conscients  ils manient  du jour  les secrets
Trop peu   de journalisme   qui soit consacré
à la critique   des idées   qui nous dévastent


L’intention  permanente  régit  les esprits
vers moins d’avant   vers plus d’après   vers l’incompris
Le présent est au monde le bien le plus chaste


il se retrouve dans la réciprocité
dans le don de l’immense et l’oubli du contraste
entre l’homme et la femme par cœur récité

jeudi 25 juin 2020

Un temps pour la grandeur

La Liberté éclairant le monde
New York




Il se pourrait que tout le drame de nos sociétés tienne en une erreur, et même en une phrase : nous voulons devenir plus forts trop tôt, avant de nous élever. Or, c’est le contraire qui serait bon. S’élever, puis seulement devenir plus forts, en vieillissant, comme les arbres. Une autre erreur, parente de la première, voudrait que nulle grandeur, nulle idée de hiérarchie, donc nulle élévation, ne soient permises. Mais là encore, il se pourrait bien que le but de l’éducation, la grandeur — puisqu’il ne s’agit pas de jouer des coudes ni d’assécher son voisin et de dicter sa loi aux autres —, soit d’amener les êtres à s’élever selon l’esprit, avec intelligence, à gravir l’échelle des valeurs. Tel l’arbre qui admire le ciel, le soleil, les étoiles ou les nuages, sans jamais ployer, accueillant dans ses branchages oiseaux, insectes, fleurs, et même poussières ; leur offrant un abri, un nid, un repas, la lumière, un promontoire où chanter ; ne devrions-nous pas aussi songer à notre élévation avant de prouver notre force ? Celle-ci n’est supérieure que dans la bien-nommée « force de l’âge », au moment de consolider tous les acquis de la grandeur. L’arbre, quand il ne grandit plus, quand il n’y pense même plus, doit lui aussi canaliser sa volonté de s’élever, puiser dans ses forces profondes, dans la terre : la vigueur de son tronc et de ses racines lui importent alors bien plus que la hauteur de sa ramure, de sa parure. Sa cime n’est-elle pas ce qu’il comporte de plus léger ? Il en irait de même pour les individus, s’ils consentaient à prolonger au-delà l’effort de leur éducation, au lieu de désirer la force et la suprématie par la force. S’il en est ainsi, qui donc a placé la croissance à l’envers ? Certainement pas la nature : les arbres ne poussent-ils pas à l’endroit ? Pour peu qu’on l’abandonne, la seule plante qui pousse au hasard, incertaine, sans loi naturelle ni considération de sa nécessité propre, c’est l’esprit des sociétés et des individus qui les composent. Pourtant l’esprit n’a pas toujours erré, livré à une croissance anarchique. Nous étions des cultivateurs, peut-être le redeviendrons-nous un jour. Se demander comment grandir, c’est poser la question depuis le commencement jusqu’à la fin du processus. Mais la vie de l’esprit fait trop rarement l’objet d’une affaire personnelle. La besogne, le labeur, passent avant tout le reste. La force de travail monopolise la « force de la nature », quand la vie de l’esprit suscite au mieux vagues et remous, mais surtout indifférence et mépris. On n’a plus le temps pour ça. Or, il n’est pas question pour un esprit de devenir plus fort avant d’avoir assez grandi. Alors, quand la contemplation des idées et la formation de l’esprit laissent place à la contemplation des villes et à la formation des travailleurs, il reste le spectacle de la volonté humaine : les tours, les usines, les routes, parfois les statues. Une volonté de grandeur aura employé les ressources de la force à refouler le besoin d’élévation dans ces figures en béton ou en acier. Il en va toujours ainsi : l’homme bâtit, à l’image de sa volonté première, des idoles qui deviennent un jour les témoins de sa grandeur ou de sa décadence — quand il ne les renverse pas pour en dresser de nouvelles.
 

mardi 17 mars 2020

Retrouvailles

Une pièce réunissant toilettes et cuisine 
dans une maison-cage à Hong-Kong,
National Geographic, Photographie de Benny Lam


Quel beau temps ! quelle tristesse !
J’ai parcouru des illusions, en riant !
Nous redescendrons en liesse
dans les rues, les yeux grands ouverts, ce printemps !



Quel beau temps ! quelle tristesse !
Qui vient à la télévision ? Déprimant !
Dans le vent, rue Jean-Jaurès,
nous serons tous un peu moins clairs, hors du temps !


Quel beau temps ! quelle tristesse !
Le soir est froid sur vos balcons, braves gens !
Hier il a plu, rien ne presse !
Goûtez ! le poème est amer, en tout temps !


Quel beau temps ! quelle tristesse !
Vivre librement est un don, le plus grand !
Mais nul ne tient sans l’ivresse,
sans sortir l’amour de l’enfer, très longtemps !

samedi 18 janvier 2020

PAROLES : N°4 « Autodélivrance »


Léo Ferré 

Lorsqu’en passant au rayon poésie :


— Regardez mon sac... vous voyez ?... j’ai rien volé... j’ai rien volé...

...

— Ah oui... effectivement !


Automne 2019, 
librairie Dialogues.

samedi 26 octobre 2019

PAROLES : N°3 « MDR »

Marcel Proust


— David, vous êtes un Allemand.
— Pourquoi alors ?
— Le masque, le masque !

2016, CATTP.

samedi 21 septembre 2019

LECTURE : Réinventer le vers, Philippe Beck, Jean Baetens



Dans ce court essai, le poète Philippe Beck répond aux questions de Jan Baetens et livre son érudition toujours fine et parfaitement distincte en abordant ce qui remue la poésie de manière centrale depuis son origine : le vers. Une conversation qui prend les allures d’une promenade plus sereine qu’il n’y paraît à travers cet enjeu poétique qui secoue, qu’on le reconnaisse, qu’on le fasse sien ou non, la création contemporaine dans sa quête d’une définition de la poésie dite du vers et du vers libre en particulier. La parole de Philippe Beck se place parmi celles qu’il convient de lire pour respirer et sentir combien la poésie et ses questions sont bel et bien vivantes. 

Réinventer le vers, Philippe Beck, en conversation avec Jan Baetens, L’arbre à paroles, 2018


jeudi 19 septembre 2019

mercredi 18 septembre 2019

PAROLES : série francophone. N°1 « Peinard »

Friedrich Nietzsche (1844-1900)


« J’ai jamais été en prison. Et je suis jumeau ! »

Avril 2006, Bohars.