mercredi 13 octobre 2021

Forfait illimité

 

Don Quichotte, par Honoré Daumier vers 1868


Mon amour, je ne suis qu’à un instant de toi,

À une heure, à un jour si j’exerce ma loi ;

Si ton cœur tangue entre l’SMS et la voix

Choisis le court, le flou, le tag… tu as le choix.


Est-il rien de plus long qu’une année sans te lire ?

C’est quatre ans sans avoir un temps pour te le dire.

Mon crédit, épuisé, va bientôt m’interdire 

D’être avec toi, pour le meilleur et pour le pire.


J’ai été clair sur mon forfait illimité ;

Quant au tien, prépayé, j’admire sa bonté

Mais toute sa bonté c’est à toi qu’il la doit.


Mon amour, je le sais, ce ton prête à sourire.

Il faut plus de douceur que je n’en ai parfois

Quand les mots hors de prix ne peuvent pas suffire.

dimanche 10 octobre 2021

NOUVELLE : L’église nouvelle











Au village de Scrignac, le matin du 15 juillet 2020, tous les habitants, à peine réveillés, relayèrent la nouvelle qui n’était, à ce moment-là, pour la plupart d’entre eux, encore ensommeillés qu’ils étaient par la nuit qui avait suivi les festivités, qu’une rumeur des plus cocasses et pour le moins déroutante. Mais tandis qu’une à une les familles déjeunaient et s’apprêtaient à sortir dans les rues du village, celles-ci connurent un afflux inhabituel pour un matin d’été, jusqu’à ce qu’un considérable attroupement se formât sur la place centrale. Agglutinés sur le parvis de Saint-Pierre, les villageois réunis dessinaient un demi-cercle, qui ressemblait à un croissant de lune, en regardant, éberlués, les yeux rivés devant eux, l’emplacement qui était vide. Ils devaient se rendre à l’évidence : l’église avait disparu. À l’endroit où, hier encore, s’élevait le saint édifice, il ne restait qu’un terrain sablonneux, immaculé, en tout point identique à celui que les jardiniers entretenaient alentour. Après quelques instants d’un silence marmoréen, à peine couvert par les murmures et les bruissements des témoins stupéfaits de cette diablerie, l’évènement commença à soulever un concert d’interrogations, qui fit rapidement place à un tonnerre d’indignation, d’autant plus que la disparition était parfaite, la réalité implacable, la vision aussi nette que possible.

samedi 2 octobre 2021

NOUVELLE : Le Secret

 

Image David Rolland














Lorsque le démon se pencha sur le cas de Bruno Loyreau, écrivain de son état, il choisit d’innover. En comparaison des mauvais traitements que les démons infligent habituellement à leurs victimes, il entreprit de faire mieux : plus vicieux, moins spectaculaire et résolument sur-mesure. 


*


En ouvrant sa boîte aux lettres un matin, Bruno Loyreau fut saisi d’un pressentiment : c’était le grand jour, le jour choisi par la chance pour lui apporter la bonne nouvelle, celle du succès de son manuscrit, après dix années infructueuses de tentatives de publication. Il s’empara du courrier des Éditions Couillebrand, qu’il attendait depuis trois mois, et rentra précipitamment le lire dans son appartement. 


Monsieur Loyreau, 

Nous vous remercions pour la confiance sans relâche que vous montrez à l’égard des Éditions Couillebrand. C’est non sans intérêt que nous avons pris connaissance de votre manuscrit La Césure. Malheureusement, nous ne pouvons envisager de l’intégrer dans notre catalogue.

Salutations distinguées.

Ève-Renée de Prout-Prout.


Le démon se frotta les mains. L’interface truquée de son invention, qu’il avait mise en lieu et place de la réalité entre Bruno Loyreau et les maisons d’édition, fonctionnait à plein. L’apparence était parfaite : rien du réel ne transparaissait entre l’auteur et les éditeurs. Personne ne s’en apercevait. Les échecs d’aspirants à la publication étant monnaie courante, Bruno Loyreau se sentait incompris et s’endurcissait comme seuls les génies savent s’en accommoder. Jamais le pauvre écrivain n’aurait pu seulement se douter que son manuscrit avait été accepté depuis des lustres. Les éditeurs, qui s’étaient lassés depuis longtemps qu’un auteur si immodeste ne donnât aucune suite à leurs relances favorables, le tenaient simplement pour un doux rêveur ou l’un de ces plaisantins dont est remplie l’histoire de la littérature. 

mercredi 29 septembre 2021

COMMUNIQUÉ : ultimatum à l’Antéchrist

Nietzsche à Turin, image David Rolland (via Procreate)



 





















Aujourd’hui, dernier jour de l’an 133 du faux calendrier.


La guerre à la guerre a assez éprouvé la guerre dans ses fondements. Avant-hier, au sens légendaire de l’histoire, nous la poussâmes dans ses retranchements, c’était au temps du siècle 1 de la guerre à la guerre, celui du 20e siècle, le plus malheureux, celui du Mal absolu et de la grande politique.


Notre cause, la guerre à la guerre, ne doit pas oublier pourquoi elle a lutté. Par un retour sur soi, elle doit demain renverser le cours de cette histoire et annoncer son nom au monde de la guerre jusque parmi les siens : la Paix. 


« Guerre à la guerre ». C’est sous cette maxime que la paix a fait œuvre de guerre et de résistance. Elle doit demain revenir à sa cause première, à son œuvre principale, à sa profonde motivation.


Vous, qui cherchiez la paix sur Terre, vous l’avez retrouvée, vous l’allez reconnaître, vous savez la faire. Ce jour 1 de l’an 134 sera en même temps le dernier du calendrier de l’Antéchrist. C’est aussi avec lui que la guerre à la guerre, que la paix a combattu en son temps. Ce temps est révolu. Le calendrier chrétien va reprendre ses droits sur l’écriture de la paix. Dès maintenant vous pouvez aller en paix, vous pouvez l’écrire en paix, la guerre est suspendue, elle veut connaître ses derniers soubresauts avant sa fin. L’histoire veut continuer sans elle, la paix est redevenue sa cause première.


Dans cette histoire plus haute, le monde nouveau est plus grand qu’il ne l’a jamais été jusqu’à ce jour de paix. 


Brest, 29 septembre 2021, pour la fin de l’inversion de toutes les valeurs.

Manifeste pour l’esprit

Simone Weil 











Je souhaiterais, dans cet article, pointer l’existence d’un questionnement qui, dans le féminisme contemporain, n’a pas encore été abordé au cours du débat qui anime la société actuellement. 

Les féministes, pour autant qu’elles veulent l’égalité, sont des humanistes. Dans le cas contraire, ce serait un renversement des rapports de domination hérités du patriarcat qui mènerait, depuis notre époque remuée, à la situation inverse, diamétralement opposée à une autre époque, dont la reconnaissance nous ferait encore défaut. On dirait, par exemple : « Vu la domination des femmes, nous vivons un XVIIe siècle inversé. » 

Mais les féministes veulent l’égalité, le féminisme est un humanisme. C’est reconnaître déjà que son but n’est pas atteint, que demeurent des inégalités en faveur des hommes. Mais y’a-t-il des inégalités qui se manifestent en faveur des femmes ? Je ne parle pas des inégalités de nature qui demanderaient des révolutions inouïes pour être renversées, tel que l’enfantement pour les hommes. Laissons cela au cinéma, à la fiction, car le besoin de fiction nourrit l’imaginaire, qui en retour fertilise la réalité. Or j’entrevois une pratique, qui se vit à la fois sur le mode réel et sur le mode imaginaire, et qui pâtirait grandement d’être considérée fictive. Cette pratique, c’est l’esprit. L’esprit individuel, l’esprit commun, l’esprit des sciences et des lettres, ont ceci en commun de marquer une limite entre l’ignorance et le savoir. L’esprit, pour exister, doit faire l’objet d’une recherche. C’est ce qui explique qu’il n’est jamais acquis immédiatement : qui croirait être pur esprit prouverait tout le contraire. L’esprit se définit par la participation qu’il sollicite et l’ouverture qu’il permet, par la recherche et par la découverte de créativité, de culture, de mémoire et de partage. Dans le féminisme, qui est le problème qui nous occupe donc, son esprit se distingue à plusieurs égards de celui pour lequel manque un équivalent masculin. Le « masculinisme » n’est guère un terme employé ni revendiqué, et pour cause : personne n’en veut. Cela atteste la force d’adhésion et de ralliement de l’esprit féministe. Bien des hommes ont compris qu’ils devaient être féministes pour survivre. 

En terme d’esprit, le féminisme est jeune. À peine plus d’un siècle. En revanche, ce qui caractérise les hommes et les femmes depuis toujours sous le vocable humains, c’est leur esprit commun. Si l’esprit des hommes domine les siècles, les millénaires diront certains, nul ne sait si cette domination s’est faite selon la nature. Pour ma part, j’aurais tendance à penser qu’il n’en est rien, qu’en des temps immémoriaux hommes et femmes vivaient égaux et heureux selon leur être, dans un équilibre de nature et d’humanité. À présent, sans que la domination masculine soit complètement surmontée, l’esprit dominant est un esprit féministe. Et ce qui renforce sa domination, c’est le peu d’exemples d’esprit féministe qu’offre l’histoire. C’est en même temps la raison de la colère féministe, et sa force. Elles ont peu de modèles, elles créent ex nihilo des valeurs, librement, selon leur volonté et leur inspiration, selon les évènements. Non qu’elles créent la nécessité essentielle de leur esprit, qui leur est fatalement antérieure, mais elles l’expriment nécessairement de tout leur être. Mais cet esprit inédit dans l’histoire a un revers : la vision opaque, la confusion de qui est privé d’exemples passés, sans compter l’impossibilité commune de connaître l’avenir. On assiste donc à une liberté, une créativité et une domination sans partage de l’esprit du féminisme. 

Pour les hommes, il en va tout autrement. Non seulement les hommes contemporains se voient dominés par l’esprit féministe, mais ils ont, de surcroît, bien des exemples historiques d’hommes et d’esprits masculins d’une grande diversité. Et ces exemples, qui peuvent devenir des modèles, ou des sources d’étude et d’inspiration, des nourritures spirituelles, des guides ou des ennemis historiques, tous ces exemples les dominent à leur tour. Dans la grande et longue histoire, les hommes ont dominé : guerres, travaux d’envergures, hommes de pouvoir, clercs, scientifiques, philosophes, et, dans une moindre mesure, artistes. Presque tout ce qui a nourri l’esprit historial était masculin. Or les modèles importent grandement dans la constitution de l’esprit commun et individuel. On ne peut pas connaître les sciences sans étudier leur histoire, etc. Les choses se passent comme si la plupart des repères masculins étaient dominants et dominateurs, pour les hommes comme pour les femmes, sans que ces dernières les reconnaissent pour esprit. Les hommes seraient voués à être dominés par l’esprit commun, masculin et féminin. Mais il faut peut-être, pour comprendre ce qui a lieu, délaisser désormais le terme de « domination », pour lui préférer ceux de transmission, de mémoire et de culture. Car l’esprit n’aura pas le choix s’il veut survivre : il devra faire corps avec l’ennemi, plus seulement l’affronter. 

En conclusion, j’aimerais ajouter un mot sur ce qui occupe mon temps agréable : la philosophie. De Socrate au vénérable Jürgen Habermas, une chaîne quasi ininterrompue de philosophes masculins s’est exprimée. Bien ou mal, utilement ou non, clairement ou obscurément, telles ne sont pas mes questions du jour. Je dois dire que cette quête de l’esprit, qui donne de l’intérêt à la philosophie, est passionnante. Et je ne connais rien qui soit plus spirituel que de lire des livres en devenant moi-même des bribes d’untel et de tel autre, comme un arbre où grouillerait un écosystème varié et fécond : 

le tronc chrétien, socratique et kierkegaardien, 

les branches des philosophies allemandes et grecques, 

les feuillages français, 

les amitiés vivantes et dialoguantes, 

les oiseaux de jour comme de nuit, 

les papillons du hasard, 

les abeilles et les bourdons romanesques, 

la floraison de la sagesse que je cherche encore… 

Je souhaite donc dire aux féministes : lisez les philosophes, femmes et hommes. Bien que ces derniers monopolisent vingt-cinq siècles d’entretiens, ils n’ont eu qu’un infini en partage, un seul. L’éternité de la pensée dans laquelle nous vivons tous est bien plus grande encore, à condition de la nourrir aussi de leurs richesses. — Et si les livres du premier et du dernier d’entre eux croisent votre route, laissez-les dialoguer ! Vous en oublierez jusqu’à la dernière actualité, jusqu’à votre fatras, vous en oublierez où vous êtes !

mardi 28 septembre 2021

ROMAN : Rêver debout, de Lydie Salvayre, L’AVENIR DE L’EXISTENTIALISME

 

Lydie Salvayre
















Poème de la foi : la communication par la lecture.


Le principe de la lecture de Don Quichotte est simple et tient en un syllogisme :


Don Quichotte a une âme.

Or, l’âme existe.

Donc, don Quichotte existe.


Peu importe que ça soit faux, cela marche avec le roman.


Miguel de Cervantès a élevé l’écriture au rang de pure création littéraire. Il est le père de tout existentialisme littéraire. 


Lydie Salvayre l’a compris. 


Nul avant elle n’avait montré qui et où était l’incarnation du saint esprit depuis la venue de Jésus. Cervantès est le premier écrivain classique, honnête homme, depuis ceux qui ont écrit les quatre évangiles. Mais Cervantès le confesse habilement : il ne comprend plus sa créature. Elle prend rapidement son indépendance, vit et meurt, avant de régner à la gauche du saint esprit — jusqu’au roman de Lydie Salvayre. Il y eut, après Cervantès, des hommes droits qui furent écrivains gentilshommes. Deux, ou trois en réalité, jusqu’à la création de Lydie Salvayre. Après elles, d’autres viendront, femmes et hommes. Il existe beaucoup, beaucoup de mystères dans les livres. Tout lecteur de don Quichotte me comprendra. Toute lectrice me comprendra.

lundi 27 septembre 2021

Pourquoi les fous

 

Munch 








Pourquoi les fous sont-ils les vrais originaux ? 

Ceux qu’on appelle « fous » naissent deux ou trois fois

Le commun des mortels renaît aussi parfois

après un long tunnel, mais plus souvent là-haut


Les fous (entendez « fous tel qu’on aimerait l’être »)

Sont nés, comme beaucoup, à la maternité

Quand ils en ont assez, quand ils veulent renaître

ils vont à l’hôpital qu’ils louent à la nuitée 


Mais les fous vont plus loin ; lorsqu’ils rentrent chez eux

leur vie nouvelle est un miracle, ils sont le centre

Les fous, qui en ont vu assez, veulent renaître 


Après tout, c’est leur droit, « À soi-même son maître »

Tout le monde peut l’être, il suffit d’une idée 

ils vont à l’hôpital qu’ils louent à la nuitée 

vendredi 24 septembre 2021

PAROLES : Messages révolutionnaires d’Antonin Artaud

Antonin Artaud, 1926











ANTONIN ARTAUD, MESSAGES RÉVOLUTIONNAIRES, 1935-1936, Morceaux choisis :


Antonin Artaud, Le théâtre et les dieux, 1936 :


« Les choses en sont au point qu'on peut dire que, comme à d'autres époques la jeunesse courait après l'amour, avait des rêves d'ambition, de réussite matérielle, de gloire, aujourd'hui elle a un rêve de vie ; et c'est après la vie qu'elle court, mais cette vie elle la poursuit, si on peut dire, dans son essence : elle veut savoir pourquoi la vie est malade, et ce qui a pourri l'idée de la vie.

Et pour le savoir elle regarde dans l'univers entier. Elle veut comprendre la nature et l'Homme par-dessus le marché. Non pas l'Homme dans sa singularité, mais l'Homme grand comme la nature. »


« Il y a dix mille façons de s'occuper de la vie et d'appartenir à son époque. Nous ne sommes pas pour que dans un monde désorganisé les intellectuels se livrent à la spéculation pure. Et la tour d'ivoire nous ne savons plus ce que c'est. Nous sommes pour que les intellectuels entrent eux aussi dans leur époque ; mais nous ne pensons pas qu'ils y puissent entrer autrement qu'en lui faisant la guerre.

La guerre pour avoir la paix.

Dans le désastre actuel des esprits nous incriminons une immense ignorance ; et il y a un courant très fort pour qu'on cautérise cette ignorance ; je veux dire qu'on la cautérise scientifiquement.

La vie, pour nous, n'est ni un lazaret, ni un sanatorium, ni même un laboratoire, et nous ne pensons pas d'autre part qu'une culture puisse s'apprendre avec des mots ou avec des idées. Ce n'est pas par le dehors de ses mœurs qu'une civilisation se communique. Avant d'avoir pitié du peuple, nous sommes pour qu'on fasse renaître les vertus oubliées d'un peuple qui pourrait ainsi, de lui-même, parvenir à se civiliser. »



Antonin Artaud, Bases universelles de la culture, Mexico, 1936 (retraduit de l’espagnol par Marie Dézon et Philippe Sollers) :


« Aujourd’hui, en Europe, la culture, comme l'instruction, comme l'éducation, est un luxe qui s'achète. C’est là la meilleure preuve que le sens des mots se perd et il n’est rien comme la confusion dans les mots pour révéler un état de décadence qui s’est maintenant généralisé en Europe. C'est bien pourquoi, avant de discuter de la culture, il me faut préciser le sens de ce mot. Je dirai d'abord ce que tout le monde entend par là ou croit entendre, ensuite je dirai ce qu'il signifie réellement. […] »


« […] Le mot d'instruction signifie qu'une personne s'est revêtue de connaissances. C'est un vernis dont la présence n'implique pas forcément le fait d'avoir assimilé ces connaissances. Le mot de culture, en revanche, signifie que la terre, l'humus profond de l'homme, a été défrichée. […] »


« Si l'Europe conçoit la culture comme un vernis, c'est qu'elle a oublié ce que fut la culture aux époques où elle existait vraiment ; les mots ont en effet une signification rigoureuse, et il n'est pas possible d'extirper du mot culture son sens profond, son sens de modification intégrale, magique même pourrait-on dire, non de l'homme mais de l'être dans l'homme, car l'homme vraiment cultivé porte son esprit dans son corps et c'est son corps qu'il travaille par la culture, ce qui équivaut à dire qu'il travaille en même temps son esprit. »

jeudi 23 septembre 2021

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui…



Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui

Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre

Ce lac dur oublié que hante sous le givre

Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !


Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui

Magnifique mais qui sans espoir se délivre

Pour n'avoir pas chanté la région où vivre

Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.


Tout son col secouera cette blanche agonie

Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,

Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.


Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,

Il s'immobilise au songe froid de mépris

Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.


Stéphane MALLARMÉ