mercredi 16 juin 2021

Plasma

Saules au soleil couchant,
Vincent Van Gogh, 1888




Et le soleil pensait tout haut : qu’est-ce qui cloche ?
Ils vivent sans entrain, rien ne les rapproche 

Le soleil demandait : qui éteint vos ardeurs ?
Elles faisaient chanter, elles rythmaient les cœurs 

Le soleil nous disait : moi seul suis solitaire 
Je me nourris de mes rayons, je vous éclaire 

Le soleil chantait fort : buvez l’air de vos rues
de vos sentiers, bouches ouvertes ! Disparues

vos langues vont durcir, se comprimer et fondre
Vous brûlez de désir, mais pourquoi se morfondre ?

Demain je reviendrai briller en amoureux 
Si l’ennui vous prend, j’attiserai mes feux

lundi 14 juin 2021

1, 2, 3… quatrains !

Les Grandes Marguerites, 1925,
Séraphine de Senlis



                                —IV—
Pour toi j’ai réveillé l’amour qui va s’écrire 
m’a dit la fée qui dort, dans un dernier sourire  
Pour toi j’ai éclairci la nuit qui t’a écrit 
m’a dit le point du jour qui faisait de l’esprit

mercredi 9 juin 2021

La lettre du Poexit

Les Temps modernes, 1936, Charlie Chaplin

Je vous écris ces lignes entre celles du bâclage poétique. Celui-ci étant tout à fait contemporain, ma lettre s’inscrit elle aussi dans la contemporanéité.

La poétique est maintenant rabelaisienne. Rimbaud était rabelaisien dans son défi lancé aux poètes de l’avenir, qui sont maintenant les contemporains. 

Avec ses côtés de « dictature du prolétariat », la poésie contemporaine a du charme.


Prétendre vouloir tout dire de ce monde, quitte à révolutionner les règles… il faudrait déjà voir qui écrit. Et là, un tragique esprit de sérieux pèse sur la poésie.


Un appétit gargantuesque entraîne la poétique vers l’énumération des modes d’énonciation du dire poétique, si besoin en refusant la prosodie ancienne, mais paradoxalement la poétique nous affame et ses résultats sont malingres. Point de vue de lecteur.

dimanche 16 mai 2021

« Il y a un Dieu »


Frappe israélienne sur l’immeuble Al-Jalaa qui abritait les
bureaux d’Al-Jazira et d’Associated Press à Gaza City,
le 15 mai 2021. MAHMUD HAMS / AFP (via LeMonde.fr)















  

 

  


                                                  « Il y a un Dieu. »

                                                    Jawwad Mahdi



Du temps où on le savait,

on y croyait dur comme fer.

Maintenant, on n’y croit plus,

et l’on sait tout et son contraire.


Un homme dit — Il y a un Dieu.


On lui répond — Eh oui, mais c’était avant.


Et il dit — Il y a un Dieu d’avant.


Quelqu’un lui répond — S’il y avait un Dieu, ça se saurait ; on n’en sait rien, donc il n’y en a pas, c’est sûr. 


Mais l’homme voit le monde ; et en dépit du sort, il pense — Il y a un Dieu.

dimanche 2 mai 2021

Que peuvent faire des poèmes?

Victor Hugo (1802-1885)

 











J’ai vu, assez récemment, deux enfants de moins de dix ans, alarmés, ou en larmes, en entendant des poèmes, ou en les lisant. Ces vers étaient à mon avis bons et destinés au jeune public, ces enfants très intelligents et sensibles, mais ils n’avaient jamais vu ni entendu de la poésie contemporaine rimée, rythmée, versifiée. D’où leur émoi, qui dans un cas, submergeait l’enfant, et dans l’autre, l’affolait. 

La cabale antipoétique de poètes modernes, qui posent ou planent ou éructent au lieu de rythmer, versifier, raconter, a donc finalement impacté la jeunesse, de même que la logique des programmes qui rendent imperméable, désagréable ou anodine la poésie, en toute logique puisque les programmes reposent sur le terreau des poèmes, sur ce que les poètes ont trouvé et transmis après l’avoir recherché, vécu, senti, imaginé. 

Le problème n’est pas ce qu’ils écrivent ni ce que je peux en dire. Personne ne peut tout lire et tout relater. On doit donc avoir une idée représentative de l’ensemble, un échantillon, un semblant de réalité sous les yeux, après quelques années passées à chercher et à sonder des livres de poésie. Et si j’en crois mon expérience, tout existe en poésie avec peu de possibilités de distinguer une masse importante de la production. Mais il existe des tendances fortes et clivantes. 

jeudi 29 avril 2021

LECTURE : Quart livre des reconnaissances, de Jacques Réda


Quart livre des reconnaissances, Jacques Réda, Éditions Fata Morgana, 2021


Réjouis-toi, poésie ! 

Jacques Réda publie.


Le Quart livre des reconnaissances est l’un des rares livres, l’un des seuls, en 2021 et au-delà du temps, qui réveillent le lecteur de poésie égaré ou déçu par la production moderne. 


Le Poète, fidèle à sa Muse, a su marier la forme et le fond dès les premières pages, qui s’ouvrent sur les Fragments d’une épopée du mètre avec la suite Le Roland sérieux : 


I

Décasyllabe est le vers féodal 

Du preux qui tient ferme sa Durandal


Entièrement composé de vers de dix syllabes et traitant des origines de la langue littéraire française, ce poème fourmille d’intentions, de trouvailles et de rimes, d’allusions et d’évocations historiques qui en font, outre une parodie tardive de la chanson de geste, une lecture chantante, une coupe légère qui accueille en elle les siècles et les esprits, sans imposer leur poids. Le geste donc, est large, ouvert, bienveillant.

mercredi 28 avril 2021

CRITIQUE LITTÉRAIRE : Deux livres de Pierre Vinclair


Pierre Vinclair (Prise de vers, La rumeur libre éditions, 2019)

(Sans adresse, Éditions Lurlure, 2018)


CRITIQUE :


Cela est fort vaste, 

me dis-je en moi-même…

This dice is the last

à moins d’un poème…


Pierre Vinclair, Prise de vers,

Sans adresse, et Le coup de dés


mercredi 14 avril 2021

Poésie visuelle et sonore : La maison

 

David Rolland

Bienvenue dans ma poésie ! Dans cette première vidéo, je dis mon poème La maison. J’ai réalisé une deuxième vidéo à venir plus tard sur ce blog. 
J’ai improvisé la mise en scène et en images de ces « récitations » dans le but de partager quelques  poèmes contre l’ennui de nos vies difficiles, et aussi pour faire connaître quelques-uns des textes que je souhaite publier.
Le tableau que vous pouvez voir derrière moi dans cette vidéo, est l’œuvre de l’artiste brestoise Mélanie Cavalec.
Poétiquement vôtre !

mardi 13 avril 2021

CHRONIQUE : Le Printemps des Peuples

 


Il y a de quoi s’étonner en lisant page 115 de Levez-vous du tombeau (2019, éditions Gallimard) la conclusion de Jean-Pierre Siméon : « Les peuples meurent d’avoir perdu la poésie ».


Certes, telle n’est pas vraiment la conclusion, puisqu’il s’agit de l’avant-dernière page de l’ouvrage ; à la page suivante, qui est bien cette fois la dernière, il écrit et rend hommage à Aimé Césaire : « Nous sommes définitivement avec toi/Sous “la pluie de chenilles”/Du côté de l’espérance. » 


Ainsi espère-t-il, je le suppose et je l’espère avec lui, en la résurrection des peuples. Et vraiment, je pense la chose possible, sans doute probable et peut-être prochaine, bien qu’il y ait fort à faire — car si j’en crois la Bible, en Palestine il y a pratiquement deux mille ans, un homme nommé Jésus est mort et ressuscité. Or ni son nom ni sa mémoire n’ont cessé de vivre depuis sur terre. Si ce fait est exact, et bien que certaines personnes le tiennent pour une légende, les peuples seraient donc également promis à un avenir mémorable et glorieux ? Dieu, dans son infinie bonté, a ressuscité un homme ; pourquoi refuserait-il de ressusciter les peuples ?