mardi 16 octobre 2018

L’amour pardonné

                                     
Composition IX, 1936, Vassily KandinskyParis, Centre Georges Pompidou



Porté par cet amour que tu m’avais donné

Je t’apporte ma joie de s’être abandonnés.

Pour t’écrire un sonnet en vers de mirliton

Mon couvre-chef est rouge, un bonnet de Bretons.

Porté par cet amour que tu m’avais donné

Que n’ai-je dû veiller de journées en nuitées

Pas en veillant sur les cendres d’un autre amour

Mais pour te retrouver, cachée dans l’or du jour !

Porté par cet amour que tu m’avais donné

T’aurais-je tout donné, tout le temps étonnée

De la tendresse et du plaisir que je t’avoue

En marquant chaque jour d’un nouveau rendez-vous ?

Porté par cet amour que tu m’avais donné

Aurions-nous fait d’amour l’enfant qui serait né

Et qui n’aurait pleuré qu’en naissant ; eût agi

Dans un monde sans cieux ; pour mourir assagi ?

Porté par cet amour que tu m’avais donné

Je t’apporte ma joie, fou d’être pardonné.

jeudi 11 octobre 2018

À monsieur et madame D.R.

L’instant où vous serez dans les bras l’un de l’autre, vous saurez que vous aurez la vie pour en parler, pour reconstruire, pour oublier, pour vous aimer, et votre vie sera faite de tous ces instants.
Avec humilité,

Sganarelle

À madame J.M.

Je devine qu’à vos yeux je ne suis que la caricature d’autrui, tant l’abandon auquel vous me laissez est éloquent. Sachez que je fais ce que je peux pour me montrer digne de votre rigueur.
Humblement,

Polichinelle

lundi 8 octobre 2018

Quatrième discours vrai : où David réplique à la leçon de Roland

Roland Barthes 

« La langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d'empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. »

Leçon inaugurale, Roland Barthes, Collège de France, 1977.


Maintenant, quoi qu’il en soit du contexte de cette phrase et ce qu’elle a pu signifier pour son auteur, ce n’est point la langue qui est fasciste, c’est l’Autre qui est totalitaire. Cela se sait, se ressent, à condition de l’avoir vécu en souffrant assez pour le comprendre. L’Autre, s’il ou elle vous prive de tout présent, de tout espace, de tout avenir, de tout partage, de toute parole, conduit au sentiment du solipsisme, le sentiment de n’être qu’à soi dans un monde fictif, absent. Le fascisme, on le verrait plutôt comme un fardeau qu’on n’a pas choisi de porter. Or qu’est-ce qu’une parole, qu’un geste, qu’un acte de présence, de charité et d’amour ? C’est tout ce que nous sommes libres de choisir. Est-on il ou elle, en retranchant sa propre parole du monde, qu’un autre, à soi-même présent, fait exister vaille que vaille ; en lui faisant porter le fardeau du silence qui le ruine ? L’être tout-silencieux n’est-il pas plutôt un dieu : tout silence, tout paisible et pacifique, et tout à fait « non-fasciste » ? Alors vouloir la paix et la liberté ce serait ça, se taire, rester absent, silencieux ? Être libre et en paix, ce serait ça, singer Dieu et ne pas lâcher un mot ? Certainement pas, mais s’il fallait faire face à ce dilemme, je préférerais devenir, que dis-je, être, un être en guerre, fasciste puisque je devrais porter ce nom, plutôt que d’abolir la parole de l’Autre et la mienne, plutôt que de rendre les seules armes que ma nudité me laisse. Être un homme, être une femme, c’est ne pas retrancher sa parole ni du monde, ni de l’autre, car c’est cette parole qui fait le monde pour l’autre. Et lorsque la manne tomba du ciel sur le peuple errant au désert, n’était-ce pas un miracle pour ces affamés ? Et la parole, à l’être qu’on a privé de l’entendre, de l’écouter, de la sentir, n’est-elle pas un miracle pour cet opprimé lorsqu’elle lui revient, comme un droit, et n’est-ce pas un devoir de s’y efforcer ? Il y a des miracles à la portée de chacun, chacune. La vie ne vaut d’être vécue sans amour. Le monde, lui non plus, n’a pas de sens sans parole, sans le don de la langue. L’autre, c’est le monde et la vie, c’est le monde vivant qui rappelle à quelqu’un que nous ne sommes rien l’un sans l’autre. 

lundi 24 septembre 2018

Au fou !


Si j’avais un problème

La nuit j’avais un don

Mon cœur criait je t’aime

À celui qui est bon.

Mais j’ai perdu la foi

On m’a placé ailleurs

Qu’au pacifique endroit

Où je criais malheur.

Je m’en souviens très bien...

jeudi 20 septembre 2018

Du consentement au don

Image sans rapport avec le sujet de l'article © David Rolland


Entre le consentement et le harcèlement, on peut dire qu’il y a une opposition. C’est l’opposition harcèlement / consentement. 

Suivez bien car je ne vais pas le répéter après sur Twitter.

mercredi 12 septembre 2018

L’avenir appartient aux vivants


Vierge en oraison vers 1480, Jean Bourdichon, 
© Musée des Beaux Arts de Tours





— Alors, on fait quoi ?
— Je ne sais pas.
— Mais comment on leur dit ?
— On leur dit que c’est fini.
— Ce n’est pas la fin, c’est...
— Oh, s’il-te-plaît, arrête avec ça, tu sais bien que je n’y crois pas. 
— On leur dit que c’est mort.
— Pas comme cela, ça exige du tact, voyons !
— De toute façon, tu sais comme moi que ça ne fera pas une ligne dans les journaux.
— Non, ça c’est sûr.
— Et qui va l’annoncer ?
— Quelqu’un de solide, concerné, un responsable.
— Toi ?
— Moi ? Et puis quoi encore !
— Tu es concernée.
— Pas autant que toi.
— Mais moi, je ne peux pas. En dévoiler la nouvelle doit revenir à un proche. 
— Comment ça ? Moi ? Proche ?
— Oui.
— Pas si proche, enfin !
— C’est agréable.
— Non, mais tu es simplement un ami.
— Je t’ai aimée, tu le sais.
— Malheureusement...
— Ne le dis pas, je sais bien... Je pense que c’est pour une femme.
— Quoi ?
— C’est une femme qui doit l’annoncer.
— Non.
— Je t’en prie, pour une fois.
— Bon... d’accord...
— Merci.
— Attends !

Éléphanteau de l’amour

Famille d'éléphants, couple et éléphanteau
Image © Monia 2009 Center Blog




Au premier jour, je fus partant pour un ailleurs,

Mais la vie fit de moi un as faux-monnayeur.

Je me repris pour toi, en parfait altruiste.

Le temps rend les amants pudibonds et artistes...

mardi 11 septembre 2018

Poème pour les mois de l’année

Dans la lune, ciel étoilé, image © zone-rouge


En janvier ? Je me crus palefrenier du roi !

Mais début février, un geste maladroit

Me causa du souci jusqu’en mars : des bricoles !

mercredi 5 septembre 2018

« Rien » entre nous, pensée de l'Interstice


Pour se prémunir contre la souffrance et le mal, les êtres humains se placent dans des situations (sociales, professionnelles) et dans des postures (intellectuelles, idéologiques) qui les coupent de la vérité, parfois de la réalité. Ces situations, en retour, engendrent le mal et la souffrance entre eux et autour d’eux, créent des dimensions improbables, des mondes chimériques, des apparences compliquées, telles les créations de dieux imparfaits, non pas issues de leur force, mais plutôt par faiblesse, tels des êtres dont la prudence, l’intelligence, l’expérience, leur dicteraient de se mettre strictement à l’abri d’un goût plus ample et plus facile envers la vie, envers les autres.

mardi 4 septembre 2018

Ce que nous sommes — Troisième discours vrai


Je suis ce que je suis, tenez-le-vous pour dit.

Je ne serai jamais ce que je ne suis pas,

Je ne serai pas vous, vous ne serez pas moi,

Ne moralisez pas dans le sens interdit :

mercredi 29 août 2018

Les jours de pêche

Hippocampe © wikimini


On est lundi ! Voici l’indifférent poisson,

Qui se dit le mardi : « Vivons et périssons ! »,

Pour mercredi baigner parmi des flots de joie.

Jeudi, sa joie l’épuise, il joue pendant qu’il boit,

Jusqu’au vendredi, d’où, inondé de partout,

Il dort le samedi, et je change son eau,

J’en sors un hippocampe endimanché, tout beau ! 

vendredi 24 août 2018

Comme un livre

Photo © David Rolland


Tous les matins me crient : « Ta chair n’est plus aimable »,

Je préfère rester au fond du lit, lové.

Mon seul bonheur est un rituel immuable :

Le jour croissant je lis, j’oublie de me laver.

Que m’emporte ton livre dans un bel élan,

Comme un souffle du vent parmi les conifères.

jeudi 23 août 2018

Mélancolie

Football skills gif by shaun the sheep © GIPHY



Sur la porte d’entrée de la peur est inscrit :

« Tu te sens incapable de changer le monde,
               
Mais face aux angoissés, tu as surenchéri.
                      
Tu les as rétablis et depuis tu les sondes. »
                      
C’est le don imparti à l’être du pari.

mardi 21 août 2018

Poète, que veux-tu ? — Deuxième discours vrai

Paul Celan (1920-1970)



LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois. LE TAILLEUR : Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon. 


                                Le monde et le pantalon, 1945, Samuel Beckett


À quoi bon des poètes ? À quoi bon des maisons d’édition de poésie ? À quoi bon, si je ne peux jamais lire une nouveauté poétique qui rime à quelque chose ? Qui rime avec quelque chose ! S’il ne m’est jamais donné de lire ce que j’aimerais vivre écrit d’après un vivant ? Qui rime avec quelqu’un ! Laissons de côté la chanson populaire, il s’agit ici d’autre chose. Je viens de passer une petite heure à farfouiller dans les rayons de poésie d’une petite librairie, à la recherche de recueils de poètes contemporains. Jamais je n’ai pu découvrir, pas plus d’un quart d’instant, sans que la faute en soit aux libraires, la moindre harmonie, la moindre envie de musique, la moindre simplicité de dire, non pas celles des mots que nous pouvons tous avaler, mais celle du monde, non pas le monde, mais celui de tous ces poètes. La rime est un principe, l’affaire est entendue. Je ne peste pas contre le manque de principes, mais contre l’absence de tout principe poétique, qui ruine l’édition de poésie et la lecture avec. 

lundi 20 août 2018

L’envol

Broche papillon doré © celenide.fr

Avec Lucie Rolland


Une épingle volante, accrochée sur mon fil, 

Attendait du beau linge depuis l’an deux mille. 

Ses plus belles pensées étaient pleines de joie... 

Elle s’est envolée en me parlant de toi !

jeudi 16 août 2018

L'Ignorance


L’Ignorance est de la raison maquée

À de l’indifférence trop masquée

Par des jeux de séduction raplapla 

Torchés dans un : mon cœur est à Papa.


Flèche du désir


La pensée dans les mots est hallucination du sentiment de la verticalité éternelle.

Précaution première


Pour s’imposer et convaincre, il vaut mieux invoquer son ego que Dieu. Cela dégoûte plus et éloigne la suspicion que l’on soit fou. Car les hommes sont si terriblement jaloux et curieux qu’ils dépenseraient alors le néant plutôt que la vérité pour nous faire causer.

Quel destin aimer


A — Je construis mon monde comme un château de cartes. Quelqu’un le heurte et il s’effondre. Dois-je le recommencer à lidentique, tout reconstruire méthodiquement, au risque de le perdre à la première rencontre ; ou bien saisir une carte et interpréter mon destin ? Que faire alors, sinon me vouer à la contemplation ? — B — Mais les deux cas ne forment-ils pas qu’une seule perspective ? Le choix est-il distinct entre la reconstruction, pour édifier ; et l’étude, pour renforcer ses fondations ?

mercredi 15 août 2018

Nouveaux soleils


Au moment de partir vers son plus beau voyage,

Notre amie au volant regarde sa bataille.

Nulle autre volonté ne la guide au bercail, 

Entraînée par les vents sablonneux et l’orage.


Aimer, mon amour



Aimer n’est pas souffrir de la fuite d’un être 

Aux pulsions vengeresses qui tuent le passé,

Aimer n’est pas souffrir de la fuite du temps.

Aimer c’est se réjouir de ne rien remplacer,

C’est la caresse d’un mourant qui va renaître,

Aimer c’est se réjouir d’un éternel présent.

Médecine du désespoir

Négatif du visage du linceul de Turin (1898),
© Photo Guiseppe Enrie, 1931.


Le désespoir prévaut,

Tout au fond des cerveaux.

Pour leur venir en aide,

Guérir d’une âme laide,

Assomption

Rire de soi un instant devant l’Éternel !

Le Christ ressuscité exauça tous les Il

Était une fois... dont on débattait des cils

Puis que chacun reniait en jaugeant des prunelles.

Un discours vrai

Je vous transmets un symbole ou Un discours vrai, juin 2017.

L’artiste privé d’amour, pour peu qu’il chante la vie, n’en est que l’appât, une sorte de castrat idéal qui n’y connaîtra jamais rien. Aussi longtemps qu’il n’est pas détrompé sur sa nature anecdotique d’artiste, tant qu’il croit à l’art et à tout son romantisme, qui en vérité n’aura permis que de l’appâter, pour – au mieux – préparer son œuvre à la consommation, sinon être rejeté à la marge, il est l’être le plus ridicule, et en rien sublime. Il est pris dans un « système d’exploitation » de la niaiserie par les malins à l’usage des masses monétisables, un système qui sacrifie des jeunes vierges effarouchés en mal de création, car stériles en termes de séduction physique. 

mardi 14 août 2018

Fragment gratuit

Bibliothèque Shiba Ryotaro, Osaka, Japon © Mandaley


L’auteur est toujours trop petit pour son texte. Mais ses lecteurs le grandissent.

Honte originelle


Adam et Ève1528, Lucas Cranach l’Ancien© Wikipedia 


A — Pourquoi les femmes que j’aime sont-elles nulles envers moi ? — B — Sans doute ont-elles peur, sans "ll", de se retrouver nues devant toi ?

La petite sirène de l’après-midi

Kiss me passion © GIPHY


Le synopsis de ton désir

En cueillant les bouches ouvertes 

S’est incrusté comme une alerte 

Dans une armée sans avenir.

La beauté


Paul  en Arlequin, 1924, Paris, Pablo Picasso

La beauté est diseuse de présages

Jetés aux yeux des amants de passage.

Elle se rit des philosophes périlleux,

Qui nient sans voix le néant et les Dieux.


lundi 13 août 2018

Communication à un éditeur

Cher ami, 

Comme chacun l’apprend un beau jour pour son étonnement personnel, dans la rigoureuse formation d’un auteur, le talent et l’identité vont de pair et sont façonnés d’une seule et même pièce. Les choses étant ce qu’elles sont, et le talent comme l’identité ne faisant pas exception à la règle, moins l’auteur tergiverse pour en donner la preuve, et plus son éditeur lui donne de garanties. J’en ai fait l’expérience avec le cas inverse, celle de ma propre personnalité éponyme d’auteur-poète malheureux, en donnant en veux-tu en voilà les signes les plus inquiétants de mes identités littéraires multiples, à un très brillant éditeur, qui ne manqua pas de relever aussitôt, à foison, les marques de talent avérées de ma trop géniale et malheureuse idée de la subjectivité, s’obligeant hélas du même coup, comme chacun pouvait s’y attendre en sa légitime immédiateté, à me mettre en demeure de pouvoir lui fournir la plus minuscule des garanties de ma solidarité, ce qui me plongea dans un abîme de perplexité vertigineux, en proie au doute affreux que jamais ma pièce ne gagnât en mon simple nom et à sa juste valeur l’estime du public cultivé. 

dimanche 12 août 2018

Empty song for Aliyah



Retouche image David Rolland
© Zaza, 2017



Mon petit cœur is empty

Son écran rose affiche OVER

Après obsolescence du chargeur.

Les heures de travail

Horloge Dali © Amazon.fr


Il est minuit ! Je suis un baudelairien triste,
    
                              1
Qui veut entrer au club sans être sur la liste.
   
                              2
Peu importe je suis un inventeur de sieste.
  
                              3
À trois heures, debout ! Cet errant qui se teste
    
                              4
Sur le papier c’est moi, un flaubertien d’honneur !
    
                              5
Épuisé, je deviens l’heure en soi qui se meurt.

La substance du langage

Image © cutelittletattoos Pinterest



Il se peut que la matière du langage travaille à fixer sa forme, celle des mots, mais pas – en toute rationalité – celle de l’esprit. Quand un Anglais pense ou dit : « the more », il ne s’ensuit pas qu’il pense au « morning », même si leurs signatures phonétiques se recoupent, et même quand leur enchaînement chronologique n’est pas éloigné ; car l’expérience des choses forge les esprits à s’adonner à la forme sans qu’ils ne s’abîment dans la matière. — De même, un Français qui pense : « le plus », ne pense pas nécessairement à « la pluie », à moins qu’il ne soit Breton. — Pourtant, le langage n’est pas purement utilitaire. Mais on l’emploie souvent trop précipitamment à des fins purement utilitaires de productivité, délaissant même sa rationalité, et plus encore ses ramifications inconscientes : cela explique bien des choses dans bien des domaines.

dimanche 8 juillet 2018

Improvisation sur l’esprit

Le Professeur Tournesol © Hergé - Moulinsart
via franceculture


Sans doute suis-je libre de corps.

Mais je ne suis pas sûr d’être libre d’esprit, et tous et toutes ne le sont probablement pas.

Premièrement, je puis (c’est un « je » générique, universel) me sentir prisonnier de Dieu, du destin qu’il m’impose, dont je conjecture l’existence. Mais plus j’aurai la bonne idée de Dieu (dieu d’amour et de paix), une idée universelle et créatrice de sa bonté, moins je croirai à une quelconque fatalité. Passons sur les conceptions qui font de Dieu un monstre, elles sont anthropomorphiques. Ainsi, Dieu ne serait pas la source de mon aliénation, mais bel et bien l’universel garant d’une liberté minimale. Il se peut, d’autre part, que je ne croie pas en Dieu. Cela suffirait-il à me rendre ma liberté d’esprit, à surmonter les forces qui m’entravent ? Non, car si Dieu n’existe pas, il est nécessairement non-agissant en tant qu’être, et toute la supposée nécessité qui émanait de son idée n’aurait jamais eu la moindre consistance, ni la moindre incidence sur moi. Serais-je dans l’erreur, si pourtant il existait, que ma liberté n’en serait pas plus aliénée par lui, car un être éternellement nécessaire n’a pas besoin de mon assentiment personnel pour être ce qu’il est. Fût-il impensé par moi ou impensable, non-reconnaissable, il n’en serait pas moins ce qu’il est intégralement pour lui, et il me garantirait là encore le minimum vital.

vendredi 1 juin 2018

De la supériorité de l’ÊTRE sur l’AVOIR (en abordant le DEVENIR)

Søren Kierkegaard (1813-1855),
par Niels Christian Kierkegaard, vers 1840



Il y a ÊTRE et AVOIR. ÊTRE nous pare de nos qualités les plus variées. Seul ÊTRE rend possible le DEVENIR. AVOIR comporte une logique binaire (avoir ou ne pas avoir) et numérale (avoir en quantité, ou en manquer).

dimanche 29 avril 2018

La recherche

Au dessus de la ville, 1914-1918, Chagall
 © 2004-2018 Russian Art Gallery




Ce jour-là, tandis que je marchais seul depuis un long moment, des milliers de corps ont croisé ma route au détour d’un champ de lilas. Les corps paraissaient calmes malgré leur voyage et la difficulté du chemin. J’arrivai à leur rencontre :

— D’où revenez-vous tous et toutes ?  

lundi 16 avril 2018

SEUL AVEC TOUS, suivi de : Ma propre vie

Affe mit Schädel, 1893, Hugo Rheinhold
Wikipedia, Image © Jfderry
 


L’esclave moderne est un individu esseulé. Sa solitude fait le bonheur des vendeurs de services, des commerçants, des médecins, des industriels innovants, des spectateurs qui ont tout gratuitement, et remarquez bien que je n’en traite aucun, parmi tous ceux-là, de véreux, de profiteur, de suspect. Rien n’est plus suspect que la solitude, aux yeux des curieux et des velléitaires de l’opinion qui se laissent acheter. Que fait-on de sa curiosité, que faire de ses opinions ? Bien des choses, bonnes et mauvaises, mais il y a une chose sujette à opinions, qui passe avant le reste, et que je veux trancher : ma solitude n’est pas à vendre. En dépit des apparences les plus sordides ou les plus pathétiques, je ne suis pas un vendu. Sous la peau des gens seuls, il y a une intériorité, que pour ma part j’extériorise par amour, désir et enthousiasme.

L’angle mort

Sculpture de Miró, 
photo 
© David Rolland, 2013.



Je parle à mon angle mort, tous sens écorchés vifs.

mardi 3 avril 2018

Maître Oliver sur un grain de pollen

Image © David Rolland




Maître Oliver était gros comme tout l’Univers entier. Il était tellement gros qu’il aurait pu contenir à lui seul toutes les planètes, toutes les étoiles, toutes les galaxies et tout le vide qu’il y avait entre elles.


Le Maître de l’Univers vint à la rencontre de Maître Oliver, et puisqu’il le trouvait malheureux, il lui dit ceci : « Si tu continues à grossir, tu vas devenir encore plus gros que l’Univers, et nous serons si serrés qu’il risquera d’exploser. Écoute : je vais te donner une potion qui va te faire maigrir juste comme il faut pour que tu rétrécisses à l’échelle universelle. » Le Maître de l’Univers lui tendit un flacon, puis il retourna se promener dans l’Univers. Maître Oliver considéra le flacon, tout en se disant : « Hélas ! Si je pouvais maigrir, je trouverais peut-être un lieu où je serais chez moi. Là, peut-être, je ne gênerais plus personne ! » Car les galaxies, les étoiles et même les planètes avaient bien des fois remarqué que Maître Oliver les empêchait de circuler à leur gré, tant il était gigantesque et depuis si longtemps encombrant.