samedi 21 septembre 2019

LECTURE : Réinventer le vers, Philippe Beck, Jean Baetens



Dans ce court essai, le poète Philippe Beck répond aux questions de Jan Baetens et livre son érudition toujours fine et parfaitement distincte en abordant ce qui remue la poésie de manière centrale depuis son origine : le vers. Une conversation qui prend les allures d’une promenade plus sereine qu’il n’y paraît à travers cet enjeu poétique qui secoue, qu’on le reconnaisse, qu’on le fasse sien ou non, la création contemporaine dans sa quête d’une définition de la poésie dite du vers et du vers libre en particulier. La parole de Philippe Beck se place parmi celles qu’il convient de lire pour respirer et sentir combien la poésie et ses questions sont bel et bien vivantes. 

Réinventer le vers, Philippe Beck, en conversation avec Jan Baetens, L’arbre à paroles, 2018


vendredi 20 septembre 2019

Greluchon par-devers soi

Allégorie de la foi, 1670-1674, Johannes Vermeer























Sur le récent et contemporain scandale d’un témoin de Jéhovah qui, pour les besoins de sa cause, prend à partie la littérature et l’opinion parce qu’il vise à édifier son lectorat, en vouant son existence aux sirènes gémoniaques de la critique la plus féroce, on n’a jusqu’à présent pas fait montre d’une grande curiosité à l’endroit du phénomène qui l’agite, car on agite désormais plus volontiers la tête en signe de désapprobation, au lieu d’agiter une lanterne en plein jour ; or notre énergumène catéchumène est lumineux. Il est brillant et nimbé de clarté. Pourtant, dans le périmètre époustouflant de ce soleil véridique, nul ne s’est arrêté, dans la course à la reconnaissance de la vérité, pour considérer l’Astre — ni le thème astral — autour duquel tourne chacun de ses affiliés par Soustraction : l’opinion va de révolutions passives en sidérations actives. 

jeudi 19 septembre 2019

mercredi 18 septembre 2019

PAROLES : série francophone. N°1 « Peinard »



« J’ai jamais été en prison. Et je suis jumeau ! »

Avril 2006, Bohars. 

Éperons de la critique : notule poétique


Arthur Rimbaud, 1872 
© Étienne Carjat - Wikipedia


Autour de la poésie : la gnose-la prose-la glose. La critique et la poétique, la métacritique et la métapoétique, les commentaires, se rendent pratiquement incritiquables, puisqu’ils prétendent englober le phénomène « poésie » dans le tout, le subsumer en lui-même, en logoïsant le monde. Chacun, devant ce discours, n’a qu’à se taire, ou lui emboîter le pas, avec pour résultat qu’aux grandes approximations on ajoute de l’imprécision, au grand flou son vague témoignage. Le commentaire assèche, la critique décrépit, et, à rebours, la gnose-la prose-la glose révèlent leur propre aridité. La première victime en est la poésie : elle est surplombée, de toutes parts, par de grands esprits, de grands lecteurs, de grands critiques et de grandes injonctions. C’est l’ère du méta-individualisme où règnent les principes, les classes à l’infini. La vie est autre chose... du court, du dense, du beau, du fou. En mettant le doigt sur le « je », la distinction apparaît, d’où la permanence du vers et de la rime.


L’IMITATION D’RIMBAUD

J’en écrirai encor, des vers !
Comme Verlaine et Baudelaire
Et Mallarmé rinçaient leurs verres,
j’exhiberai, dans cet enfer,

quelques fameux et vieux blasphèmes,

de ceux qui vouent à l’anathème
celui qui en fait des poèmes,
prélude à de nouveaux problèmes...

Jeunesse impie – brave jeunesse –

déracinait sa verve – ogresse –
et combinait les sons – ô graisses –
déjà bien avant que je naisse

et se mentait sur tout – je mens –

ce qui a pour nom « sentiment »
sans égratigner le tourment
que j’opère. Adieu charlatans !

J’aurais mieux fait de m’engager

dans le commerce et bien manger
au lieu de « métalangager »
pour devoir mes talents gâcher.

Qu’attend le monde d’un poème 

sinon qu’il soit d’amour bâti 
avec des mots pour le porter
sous le soleil vers l’éternel ?

Je m’en vais même si je t’aime.

C’est décidé je suis parti.
Non n’essaie pas de me chercher !
Je suis au-delà du Sahel...

samedi 14 septembre 2019

Un renard musicien

Il était une fois un surprenant renard
qui faisait tout ce que les renards ne font pas
Il chantait, il dansait, il prenait son repas 
avec tous ses amis et jouait de la guitare


Tu n’es pas qu’un renard ! lui criaient ses amis 
Non, c’est bien vrai ! Je suis aussi un musicien
La mesure et les sons m’ont dressé mieux qu’un chien 
et mon appétit naturel s’est endormi


Ils le regardaient, ébahis : Tu n’as pas faim ? 
Tu ne mangerais pas un bon petit poussin ?
Le renard en riait et criait à tue-tête :


Où naissent les chansons, sinon dans l’eau, dans l’air ? 
Je me nourris depuis toujours de pâquerettes
d’eau fraîche, et plus que tout, du parfum de la terre


David Rolland


Ce poème figure dans le plus récent numéro de la revue poétique brestoise An Amzer (n°64, juin 2019)

Association An Amzer Poésies
Rencontres et publications 
BP 23153 - 29284 BREST - Cedex

vendredi 13 septembre 2019

CRITIQUE : les commodités de la critique poétique






« Par pure commodité, on dira poétique toute forme de parole qui vit de ce qu’elle dit... » Didier Cahen, poète, essayiste et journaliste français (source Wikipedia).





(Carte blanche) à Didier Cahen : Chaque poète invente son écriture (Carte blanche) à Didier Cahen : Chaque poète invente son écriture (Poezibao)www.poezibao.typepad.com





CRITIQUE



J’ignorais, en revenant de « l’épisode Bellanger » (cf. : CRITIQUE : la poésie par temps d’adversité), que le permis d’ignorer s’appliquait encore à mon cas personnel. Mais Didier Cahen s’est senti autorisé à ne pas comprendre les sens poétiques de ma présence vivante : j’en déduis qu’il m’ignore royalement, ce qui n’est pas commode pour moi, mais l’est pour lui qui vit et subsiste sur un malentendu comme un sophiste, qu’il est et qu’il n’est pas. Car au fond, il a raison de poser la question : Qu’est-ce que la poésie ?, à laquelle il répond bien entendu, « elle reste l’art de bien dire ce qui doit être dit, la manière de rien dire quand rien ne peut se dire », tout comme il dit ce qu’elle n’est pas, « cette idée un peu confuse qu’en gardent beaucoup de lecteurs : un foisonnement d’images, l’usage d’une rhétorique qui fait souvent de la poésie un exercice de style. Vous en avez l’illustration parfaite avec la poésie datée et stéréotypée qui s’affiche dans le métro au gré des circonstances : miettes de soleil, jardin secret et joie immaculée » avec pour conséquence, en bonne logique, que la poésie n’est pas tout ce qu’elle est, et qu’elle est tout ce qu’elle n’est pas. Nous y reviendrons.


mercredi 4 septembre 2019

CRITIQUE : la poésie par temps d’adversité

« Moins je connaissais de poésie plus mes chances d’être un jour déporté diminuaient. » Aurélien Bellanger, Les poètes de la Résistance, La Conclusion, France Culture, 04.09.2019.  https://www.franceculture.fr/emissions/la-conclusion/les-poetes-de-la-resistance

Ainsi débute la  « conclusion », qui continue ainsi, comme une litanie :

« Des bouts d'Apollinaire, deux fables, un sonnet de Heredia, El desdischado de Nerval, quelques vers de Mallarmé sur un marque-page gris perforé d’une mouette et sur lequel j’ai longtemps gardé l’habitude d’archiver mes lectures en petits caractères, avec une délicate ironie adolescente — « la chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres / fuir là-bas fuir / je sens que des oiseaux sont ivres / d’être parmi l’écume infinie et les cieux », et enfin des fragments de Baudelaire qui décoraient les emballages d’une série limitée de sucres, à l’époque où je déjeunais encore au restaurant universitaire et où je sucrais mes cafés — « comme montent au ciel les soleils rajeunis / après s’être lavés au fond des mers profondes » —  : c’est à peu près tout ce que je suis capable de réciter de mémoire.


Pas si mal, serait-on tenté de lui lancer magnanimement, s’il ne montrait pas alors la mauvaise foi la plus alarmante, de celles autour desquelles semble s’articuler un imaginaire détraqué par le nombrilisme.

La récitation a de toute façon pour moi quelque chose de profondément anxiogène depuis que j’ai lu ces histoires de déportés qui se récitaient, le soir, les rares poèmes qu’ils connaissaient, pour survivre à l’abjection des camps. Je me suis toujours confusément dit que c’était là le but dernier de la poésie, sa déprimante fonction. De nature optimiste j’ai ainsi négligé d’en apprendre — à moins qu’il s’agisse plutôt d’une superstition bizarre : moins je connaissais de poésie plus mes chances d’être un jour déporté diminuaient.