vendredi 11 janvier 2019

CRITIQUE LITTÉRAIRE : critique des critiques philosophiques




La vérité captive, DE LA PHILOSOPHIE, Maxence Caron, Éditions du Cerf, Ad Solem, 2009

CRITIQUE

L’idée de ce livre, unique, est plutôt facile à penser, ou bien peut-être pas. Si pour tel ou tel lecteur curieux sa réputation ne le précède pas, son épais volume le préviendra tout de suite : un bon millier de pages. Toutes les bonnes bibliothèques universitaires le possèdent, c’est un critère. Le plus important sera de lire la préface de 300 pages. L’auteur y expose son thème et sa philosophie première à grands renforts de saillies pantagruélo-caustiques, de propos néologico-lyriques, d’embardées transcendantalesques vers son Principe, avec une langue de feu que lui envieront bien des séraphins. Tous les secrets de la mysticologie maxencéenne apparaissent dans cette prose de cœur, de chair et d’esprit. Il serait dommage de se priver d’une telle préface, car l’auteur y a déployé son grand art avec brillance, foudre, rage et clarté. 


Mais, dans les sections suivantes où l’auteur fera traverser l’épreuve du feu à d’autres pensées que la sienne, les confrontations avec les philosophes qu’il incrimine ne valent que pour des lecteurs qui connaissent déjà bien les œuvres en question. L’exercice du lecteur mal préparé s’apparentera, au mieux, à une fastidieuse lecture comparée. Le propos de Maxence Caron peut paraître didactique lorsqu’il s’en prend à Lévinas, Jean-Luc Marion et Derrida, et encore ! Mais il devient franchement ardu de le suivre quand ce sont Hölderlin, Hegel, Mallarmé, Heidegger, qu’il interpelle. — Dans la Bible, il est conseillé en plusieurs passages de veiller à trouver des témoins à un évènement auquel on assiste. Ainsi, si l’on n’est pas témoin des philosophies des auteurs examinés par Maxence Caron, il est à mon avis inutile d’en lire les pages. On n’y apprendrait rien. Rien en tout cas qui ne soit brillamment présenté dans la préface. À quoi bon fouetter dans le vide ? Seul une brave bête (ici, le brave lecteur) peut comprendre que son maître (le sujet de ce livre) claque du fouet devant elle. Le fouet, autrement dit, Maxence Caron. 


Le livre se termine sur un long poème. Je l’ai peu goûté. Trop de contorsions et de stupeurs hallucinées, trop de tintamarre et de grandiloquence suffoquée, trop de romantisme épouvantable et fardé à mon goût. Chacun au final trouvera ses entrées dans ce livre incroyable, selon sa sensibilité et son parcours de pensée. J’ignore si je lui ai rendu le moins du monde justice en le critiquant, et ma lecture telle que je l’expose ne rend pas compte nommément du sujet du livre, que l’auteur nomme la Différence fondamentale, mais j’ai voulu témoigner de mon approche en suggérant que l’auteur, éminent styliste, visionnaire inspiré et concepteur faramineux, n’est au fond pas le possesseur de sa philosophie, mais qu’il montre, qu’il donne à voir, qu’il spectacularise son sujet en faisant d’un sujet d’indifférence, la Différence fondamentale, en faisant de l’objet d’une risée, la Perfection vivante, en faisant enfin, d’un être spéculé, le Principe des principes. 


L’auteur, extrêmement prolifique, a aussi écrit un livre sur Johann Sebastian Bach. Il a encore publié récemment La Transcendance offusquée, moins réussi selon ma perception. Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. Il abordera d’autres philosophies dans de prochains ouvrages.


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