mercredi 29 août 2018

Les jours de pêche

Hippocampe © wikimini


On est lundi ! Voici l’indifférent poisson,

Qui se dit le mardi : « Vivons et périssons ! »,

Pour mercredi baigner parmi des flots de joie.

Jeudi, sa joie l’épuise, il joue pendant qu’il boit,

Jusqu’au vendredi, d’où, inondé de partout,

Il dort le samedi, et je change son eau,

J’en sors un hippocampe endimanché, tout beau ! 

vendredi 24 août 2018

Comme un livre

Photo © David Rolland


Tous les matins me crient : « Ta chair n’est plus aimable »,

Je préfère rester au fond du lit, lové.

Mon seul bonheur est un rituel immuable :

Le jour croissant je lis, j’oublie de me laver.

Que m’emporte ton livre dans un bel élan,

Comme un souffle du vent parmi les conifères.

jeudi 23 août 2018

Mélancolie

Football skills gif by shaun the sheep © GIPHY



Sur la porte d’entrée de la peur est inscrit :

« Tu te sens incapable de changer le monde,
               
Mais face aux angoissés, tu as surenchéri.
                      
Tu les as rétablis et depuis tu les sondes. »
                      
C’est le don imparti à l’être du pari.

mardi 21 août 2018

Poète, que veux-tu ? — Deuxième discours vrai

Paul Celan (1920-1970)



LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois. LE TAILLEUR : Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon. 


                                Le monde et le pantalon, 1945, Samuel Beckett


À quoi bon des poètes ? À quoi bon des maisons d’édition de poésie ? À quoi bon, si je ne peux jamais lire une nouveauté poétique qui rime à quelque chose ? Qui rime avec quelque chose ! S’il ne m’est jamais donné de lire ce que j’aimerais vivre écrit d’après un vivant ? Qui rime avec quelqu’un ! Laissons de côté la chanson populaire, il s’agit ici d’autre chose. Je viens de passer une petite heure à farfouiller dans les rayons de poésie d’une petite librairie, à la recherche de recueils de poètes contemporains. Jamais je n’ai pu découvrir, pas plus d’un quart d’instant, sans que la faute en soit aux libraires, la moindre harmonie, la moindre envie de musique, la moindre simplicité de dire, non pas celles des mots que nous pouvons tous avaler, mais celle du monde, non pas le monde, mais celui de tous ces poètes. La rime est un principe, l’affaire est entendue. Je ne peste pas contre le manque de principes, mais contre l’absence de tout principe poétique, qui ruine l’édition de poésie et la lecture avec. 

lundi 20 août 2018

L’envol

Broche papillon doré © celenide.fr

Avec Lucie Rolland


Une épingle volante, accrochée sur mon fil, 

Attendait du beau linge depuis l’an deux mille. 

Ses plus belles pensées étaient pleines de joie... 

Elle s’est envolée en me parlant de toi !

jeudi 16 août 2018

L'Ignorance


L’Ignorance est de la raison maquée

À de l’indifférence trop masquée

Par des jeux de séduction raplapla 

Torchés dans un : mon cœur est à Papa.


Flèche du désir


La pensée dans les mots est hallucination du sentiment de la verticalité éternelle.

Précaution première


Pour s’imposer et convaincre, il vaut mieux invoquer son ego que Dieu. Cela dégoûte plus et éloigne la suspicion que l’on soit fou. Car les hommes sont si terriblement jaloux et curieux qu’ils dépenseraient alors le néant plutôt que la vérité pour nous faire causer.

Quel destin aimer


A — Je construis mon monde comme un château de cartes. Quelqu’un le heurte et il s’effondre. Dois-je le recommencer à lidentique, tout reconstruire méthodiquement, au risque de le perdre à la première rencontre ; ou bien saisir une carte et interpréter mon destin ? Que faire alors, sinon me vouer à la contemplation ? — B — Mais les deux cas ne forment-ils pas qu’une seule perspective ? Le choix est-il distinct entre la reconstruction, pour édifier ; et l’étude, pour renforcer ses fondations ?

mercredi 15 août 2018

Nouveaux soleils


Au moment de partir vers son plus beau voyage,

Notre amie au volant regarde sa bataille.

Nulle autre volonté ne la guide au bercail, 

Entraînée par les vents sablonneux et l’orage.


Aimer, mon amour



Aimer n’est pas souffrir de la fuite d’un être 

Aux pulsions vengeresses qui tuent le passé,

Aimer n’est pas souffrir de la fuite du temps.

Aimer c’est se réjouir de ne rien remplacer,

C’est la caresse d’un mourant qui va renaître,

Aimer c’est se réjouir d’un éternel présent.

Médecine du désespoir

Négatif du visage du linceul de Turin (1898),
© Photo Guiseppe Enrie, 1931.


Le désespoir prévaut,

Tout au fond des cerveaux.

Pour leur venir en aide,

Guérir d’une âme laide,

Assomption

Rire de soi un instant devant l’Éternel !

Le Christ ressuscité exauça tous les Il

Était une fois... dont on débattait des cils

Puis que chacun reniait en jaugeant des prunelles.

Un discours vrai

Je vous transmets un symbole ou Un discours vrai, juin 2017.

L’artiste privé d’amour, pour peu qu’il chante la vie, n’en est que l’appât, une sorte de castrat idéal qui n’y connaîtra jamais rien. Aussi longtemps qu’il n’est pas détrompé sur sa nature anecdotique d’artiste, tant qu’il croit à l’art et à tout son romantisme, qui en vérité n’aura permis que de l’appâter, pour – au mieux – préparer son œuvre à la consommation, sinon être rejeté à la marge, il est l’être le plus ridicule, et en rien sublime. Il est pris dans un « système d’exploitation » de la niaiserie par les malins à l’usage des masses monétisables, un système qui sacrifie des jeunes vierges effarouchés en mal de création, car stériles en termes de séduction physique. 

mardi 14 août 2018

Fragment gratuit

Bibliothèque Shiba Ryotaro, Osaka, Japon © Mandaley


L’auteur est toujours trop petit pour son texte. Mais ses lecteurs le grandissent.

Honte originelle


Adam et Ève1528, Lucas Cranach l’Ancien© Wikipedia 


A — Pourquoi les femmes que j’aime sont-elles nulles envers moi ? — B — Sans doute ont-elles peur, sans "ll", de se retrouver nues devant toi ?

La petite sirène de l’après-midi

Kiss me passion © GIPHY


Le synopsis de ton désir

En cueillant les bouches ouvertes 

S’est incrusté comme une alerte 

Dans une armée sans avenir.

La beauté


Paul  en Arlequin, 1924, Paris, Pablo Picasso

La beauté est diseuse de présages

Jetés aux yeux des amants de passage.

Elle se rit des philosophes périlleux,

Qui nient sans voix le néant et les Dieux.


lundi 13 août 2018

Communication à un éditeur

Cher ami, 

Comme chacun l’apprend un beau jour pour son étonnement personnel, dans la rigoureuse formation d’un auteur, le talent et l’identité vont de pair et sont façonnés d’une seule et même pièce. Les choses étant ce qu’elles sont, et le talent comme l’identité ne faisant pas exception à la règle, moins l’auteur tergiverse pour en donner la preuve, et plus son éditeur lui donne de garanties. J’en ai fait l’expérience avec le cas inverse, celle de ma propre personnalité éponyme d’auteur-poète malheureux, en donnant en veux-tu en voilà les signes les plus inquiétants de mes identités littéraires multiples, à un très brillant éditeur, qui ne manqua pas de relever aussitôt, à foison, les marques de talent avérées de ma trop géniale et malheureuse idée de la subjectivité, s’obligeant hélas du même coup, comme chacun pouvait s’y attendre en sa légitime immédiateté, à me mettre en demeure de pouvoir lui fournir la plus minuscule des garanties de ma solidarité, ce qui me plongea dans un abîme de perplexité vertigineux, en proie au doute affreux que jamais ma pièce ne gagnât en mon simple nom et à sa juste valeur l’estime du public cultivé. 

dimanche 12 août 2018

Empty song for Aliyah



Retouche image David Rolland
© Zaza, 2017



Mon petit cœur is empty

Son écran rose affiche OVER

Après obsolescence du chargeur.

Les heures de travail

Horloge Dali © Amazon.fr


Il est minuit ! Je suis un baudelairien triste,
    
                              1
Qui veut entrer au club sans être sur la liste.
   
                              2
Peu importe je suis un inventeur de sieste.
  
                              3
À trois heures, debout ! Cet errant qui se teste
    
                              4
Sur le papier c’est moi, un flaubertien d’honneur !
    
                              5
Épuisé, je deviens l’heure en soi qui se meurt.

La substance du langage

Image © cutelittletattoos Pinterest



Il se peut que la matière du langage travaille à fixer sa forme, celle des mots, mais pas – en toute rationalité – celle de l’esprit. Quand un Anglais pense ou dit : « the more », il ne s’ensuit pas qu’il pense au « morning », même si leurs signatures phonétiques se recoupent, et même quand leur enchaînement chronologique n’est pas éloigné ; car l’expérience des choses forge les esprits à s’adonner à la forme sans qu’ils ne s’abîment dans la matière. — De même, un Français qui pense : « le plus », ne pense pas nécessairement à « la pluie », à moins qu’il ne soit Breton. — Pourtant, le langage n’est pas purement utilitaire. Mais on l’emploie souvent trop précipitamment à des fins purement utilitaires de productivité, délaissant même sa rationalité, et plus encore ses ramifications inconscientes : cela explique bien des choses dans bien des domaines.